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La Chine, colosse aux pieds de vent

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 25 août 2019
  • 4 min de lecture



On ne peut entendre prononcer le nom de Chine sans qu’il soit ajouté qu’elle sera la première puissance mondiale, ou qu’elle l’est déjà. Certes, le décollage économique de l’Empire du Milieu est spectaculaire, mais de même que du temps de la Guerre froide on surestimait la redoutabilité de l’armée soviétique, dont les sous-marins rouillaient dans les ports de l’Arctique, on exagère la puissance de la Chine d’aujourd’hui.


Sur le plan économique, la Chine est l’atelier du monde. Encore que des pays comme le Vietnam lui grignotent doucement des parts de marché. Cette position dominante procure aux Chinois un avantage considérable, mais illimité par sa nature. En effet, sa prospérité dépend de celle de ses clients. Le sens de l’affrontement entre Trump et Ping n’est rien d’autre que celui d’un rééquilibrage de relations qui ne peuvent durablement demeurer en l’état. Il y a, certes, une brusquerie maladroite de la part du Président américain, mais les Chinois ont beau se draper dans leur dignité offensée, et se dire agressés, ils savent bien que leur intérêt est de trouver un nouveau point d’équilibre. Aucun commerçant ne peut prétendre sérieusement envisager de vivre durablement aux dépens de ses clients ou de se fâcher avec eux.


Les comparaisons qui sont faites avec les années trente quant au protectionnisme, sont bancales, car l’interdépendance économique d’aujourd’hui n’existait pas. On le voit avec le Brexit, il est difficile sinon impossible de rompre les amarres. Ce contexte radicalement différent ne permet pas de transposer les conséquences d’affrontement plus verbaux que réels.


Les Américains et les Chinois sont condamnés à trouver des accords dans leur intérêt mutuel. La vraie inquiétude est celle qui devrait animer les Européens qui risquent d’être les perdants dans la nouvelle donne qui se négocie sans eux.


Faire de la Chine un épouvantail est injustifié. Tant que la Chine n’aura pas de marché intérieur puissant elle sera totalement dépendante du monde extérieur et en premier lieu des USA. Elle en est loin, et ceci d’autant plus que son organisation politique refuse de desserrer les nœuds qui enserrent la société chinoise. En effet, s’il est possible de mener longtemps à la schlague des masses d’ouvriers peu qualifiés, toute classe moyenne exige de jouir des libertés civiles qui font partie de son niveau de vie.


Le paradoxe chinois est que son régime politique lui a permis de mettre au travail ses forces de main d’œuvre gigantesques pour répondre à une demande extérieure solvable, et qu’il lui interdit aujourd’hui d’aller plus loin en permettant à sa population d’en récolter les fruits. Dans l’histoire de l’Empire les mauvaises décisions politiques aux conséquences tragiques ne manquent pas. On se souvient du Grand bon en avant, … mais c’est une tradition ancienne des dignitaires chinois de marquer des buts contre leur camp. Au 15ème siècle par exemple, après les expéditions lointaines du grand amiral chinois, eunuque Zengh He qui en revint avec quelques idées neuves, les mandarins firent édicter une interdiction de construire des bateaux de plus de huit mètres sous peine de mort, enfermant pour deux siècles leur pays dans une prison d’archaïsme, alors que le monde se modernisait.


Avec l’affaire de Hong-Kong, et après le sacre du Président à vie Ping qui est plus un paravent qu’une guide pour les nouveaux mandarins, on constate que c’est la voie de la fermeture qui est en passe de gagner. Pour la nomenklatura de Pékin, la Chine ne peut accepter la démocratie qu’elle assimile à la chienlit, et pour eux menace la prospérité… la leur et non pas celle du peuple chinois. En effet l’élite chinoise reste celle des fonctionnaires du Parti, les entrepreneurs n’étant que tolérés comme un mal nécessaire.


Les autres secteurs de puissance ne sont pas de nature à confirmer la prétendue hégémonie chinoise.


Quant à la monnaie, la force de la Chine est actuellement la faiblesse de sa monnaie qu’elle entretient pour continuer à vendre à bas prix. On voit mal comment la première puissance mondiale pourrait avoir une monnaie sans valeur.


Sur le plan technologique la Chine ne fait qu’exister, elle étonne par sa présence, mais nous sommes encore loin de ce que fut le miracle japonais.


Dans le domaine militaire, enfin, la Chine est un nain. Elle n’a pas la capacité de se projeter hors de son environnement immédiat. Sa sécurité n’est pas en cause, de par sa possession de l’arme atomique, mais elle ne compte qu’un seul porte-avions acheté à la Russie en 2012. La Navy en maintient 10 en service qui sont tous 10 % plus longs, chacun 333 mètres contre 304 m pour le Liaoning. Budget militaire chinois 240 milliards $, contre 662 milliards $ pour les USA.


On agite le spectre des nouvelles routes de la soie, c'est à dire des investissements chinois, mais il ne s'agit pas d'intrusions militaires, la stratégie de la mise de fonds n'est pas du tout celle de la canonnière. Celui qui a placé son argent ne joue pas contre ses propres intérêts.


En somme, la future première puissance mondiale est un colosse de papier, ou si l’on préfère un géant fabriqué de plus de mots que de réalité… c’est-à-dire du vent.




 
 
 

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