top of page

L'exemple suédois de suppression du statut de la fonction publique permet de comprendre la quest

12 déc. 2019
3 min de lecture

La raison pour laquelle Emmanuel Macron est prêt à jouer son va-tout sur une unification des retraites est pour beaucoup une énigme. Elle le reste tant que l'on a pas intégré que les systèmes de retraites cloisonnés interdisent une mobilité fluide entre secteur public et privé, et que cette perméabilité est une condition sine qua non de la suppression du statut de la fonction publique. Lequel fait obstacle à la gestion rationnelle et à la modernisation des services publiques


On ne cesse de faire référence à l'exemple suédois. Mais qui peut dire qu'il sait de quoi il s'agit. pour l'imaginaire français, c'est le Paradis, mais on oublie qu'il a fallu passer par le Purgatoire.


Pour ne pas être accusé de partialité on se référera ici à un article d'Olivier TRUC publié le 11 septembre 2007 dans Le Monde, qui titre :


En l'espace d'une dizaine d'années, de la fin des années 1980 à la fin des années 1990, le nombre de fonctionnaires au service de l'Etat suédois est passé de plus de 400 000 à 220 000.



"Cela a tout simplement été dramatique", résume Thomas Pålsson, directeur général adjoint du ministère suédois des finances. En l'espace d'une dizaine d'années, de la fin des années 1980 à la fin des années 1990, le nombre de fonctionnaires au service de l'Etat suédois est passé de plus de 400 000 à 220 000. Les réductions budgétaires se sont faites, selon l'expression consacrée, à coups d'osthyveln (raclettes à fromage)."


"Dramatique, le mot revient dans toutes les bouches. "Vu les circonstances, ces changements étaient nécessaires et bien", estime pourtant le syndicaliste Johan Tengblad, négociateur en chef d'OFR, l'organisation commune qui représente les employés du service public lors des négociations salariales. La Suède a été l'un des premiers pays d'Europe à s'engager au pas de charge dans la voie de la déréglementation, au nom d'une ouverture à l'international vue comme une nécessité absolue pour un petit pays très dépendant de ses exportations."


"La privatisation totale ou partielle de certaines activités de l'Etat a ainsi fait fondre les effectifs dans les secteurs de l'énergie (Vattenfall), de la poste (Posten) ou des télécoms (Telia). Le corps enseignant est passé sous la responsabilité des communes. Si 140 000 fonctionnaires n'ont fait que changer de statut - avant d'être éventuellement licenciés -, quelque 70 000 postes ont été supprimés. La défense a ainsi perdu un tiers de ses effectifs, essentiellement sur des postes subalternes. Parallèlement, les agences de l'Etat, dont le nombre est passé de 1 400 à 550 depuis 1990, ont vu leur autonomie s'accroître pour embaucher, licencier et fixer les salaires, désormais négociés individuellement. Cette réforme a été menée en parallèle de celle sur les retraites, qui a gommé les différences entre privé et public."


"L'EMPLOI GARANTI A DISPARU"


"Après avoir connu une période de forte croissance de la fin des années 1960 jusqu'au début des années 1980, le service public a ainsi subi une cure d'amaigrissement sévère, portée en deux vagues. Dès le début des années 1980, le statut de la fonction publique change radicalement : l'emploi garanti pour les titulaires, tel qu'il est connu en France, disparaît. En contrepartie est mis en place, dès 1984, un "accord de sécurité" destiné à accompagner le fonctionnaire menacé. "C'était, à l'époque, le meilleur de tout le marché du travail, ce qui explique pourquoi ce changement radical de statut a été accepté", note Johan Tengblad. Dans sa première mouture, le système permet d'agir au cas par cas et de retarder des départs."


"En 1990, alors que la Suède s'enfonce dans sa plus grave crise économique depuis la guerre, le système est amendé pour se transformer en Fondation sécurité (TSN). Son programme, généreux, accompagne les fonctionnaires laissés sur le carreau. Les anciens agents de l'Etat touchent 100 % de leur salaire (80 % normalement au chômage) pendant deux à douze mois durant lesquels ils bénéficient de formations, de stages et d'une aide à la recherche d'emploi. S'ils retrouvent un poste moins bien payé, TSN complète la différence de salaire pendant deux ans, avec un plafond équivalent à 30 % de l'ancien salaire."


"Le système, performant, a permis à de nombreux fonctionnaires de rebondir sans être poussés vers la préretraite. L'évolution des revenus a été moins favorable pour les employés communaux. En vingt ans, leur salaire a moins augmenté que celui des employés de l'industrie ou des fonctionnaires de l'Etat qui ont connu une progression à peu près identique. C'est chez les enseignants que les négociations salariales individuelles semblent fonctionner le moins bien. Les décideurs municipaux, selon les syndicats, ne sont pas toujours bien formés à ce type de négociation et d'évaluation des mérites."


On n'a rien changé à cet article, ni ajouté, ni retranché. Il montre que ce qui est dans la tête de Macron dont l'entourage ne cesse de se référer à "l'exemple suédois", c'est in fine la suppression du statut de la fonction publique, dont l'unification du régime des retraites est la première étape nécessaire.


 
 
 

Commentaires


bottom of page