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L’anonymat, comme la gratuité, est une maladie de jeunesse de l’Internet

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 10 mars 2020
  • 3 min de lecture

De la même façon que l'on a présenté la gratuité comme l'acte fondateur de la culture de la nouvelle génération, on vante l'anonymat.


Il est inutile de revenir sur la gratuité, chacun a aujourd'hui compris que c'est un miroir aux alouettes ; une manière astucieuse de transformer l'usager en produit.


Pour l'anonymat le débat reste ouvert. Certains en font une citadelle de la liberté de penser. On peut en douter, car la pensée qui ne s'assume pas n'est rien de plus qu'un excrément de l'esprit.


On pouvait comprendre que pour un instrument nouveau, il fallait un temps d'adaptation, passer comme le fait un nourrisson par un stade sadique anal, mais pour devenir adulte l'internet doit apprendre à dire son nom. Faute de quoi il restera autiste à tout ce qui constitue la valeur de l'humain.


L'anonymat ne change rien, dit-on. Il y a toujours eu des exécutions sommaires en politique par lapidation. Mais de par les réseaux sociaux, ce n’est plus seulement le délinquant qui est en danger, c’est aussi celui qui n’enfreint en rien la loi.


La fausse nouvelle se propage à la vitesse de la lumière, plus vite que la vraie, les réseaux sociaux sont le domaine de la rumeur. Peu importe sa véracité, c’est au contraire son côté incroyable qui fait sensation.


Aussi, les faits réels non répréhensibles, mais qui font le buzz car étonnants se répandent comme un feu de brousse.


Le facteur nécessaire de cette vitesse de contagion est connu, c’est l’anonymat. Il n’y a aucune raison légitime pour le justifier, sauf... pour les GAFA qui comptabilisent les clics comme la base de leur prospérité financière.


Le tsunami des réseaux sociaux abolit le filtre de la Presse responsable. Celle-ci n’est pas exempte de critique, il y a eu des Salengro poussés au suicide par des campagnes de calomnie. Mais on peut répondre à un média qui a l’obligation de désigner son responsable de la rédaction devant la justice.


Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites, disait le Sapeur Camembert.

Les réseaux sociaux ne connaissent pas de limite, ils franchissent donc allègrement les bornes.


Divulguer des faits faux ou protégés par la sécurité publique, ou encore par le respect de la vie privée est réprimé par la loi, mais cette répression ne peut avoir de portée si les auteurs en restent anonymes, ou réfugiés derrière des frontières d’autres États. En revanche, les colporteurs sont nécessairement sur notre territoire, ils sont à la fois les agents et les victimes des malandrins.


Pour les protéger, il n’y a pas d’autre moyen que de les responsabiliser. Réfléchir avant de répercuter une information sur un réseau est une démarche salutaire.

Ceux qui, comme M. Majoubi, qui fut secrétaire d'Etat au numérique sous Macron après avoir été président du Conseil national au numérique sous Hollande, disent qu’il n’y a rien à faire pour lutter contre les cyber-rumeurs, mentent.


C’étaient les mêmes qui disaient que l’on ne pouvait rien contre le piratage qui menaçait de mort la création artistique. La méthode de responsabilisation employée n’a pas fait disparaître les fraudes, mais elle a stoppé le phénomène. La diffusion des œuvres n’en a pas pâti, car des acteurs nouveaux ont profité que cette protection pour proposer des produits innovants


L’un des piliers nécessaires de la démocratie est la loyauté de l’information, l’Etat républicain doit l’assurer. Les régimes despotiques confisquent l’information, le devoir de l’Etat est dans une démocratie de veiller à la liberté de la presse et à sa loyauté, mais il ne peut s’arrêter là. Il doit étendre les mêmes principes aux réseaux sociaux. Il ne s’agit pas d’instaurer une police de la pensée, mais de rendre les citoyens sensibles à ce qu’en colportant des mensonges ou des faits qui violent la vie privée, ils détruisent sans s’en rendre compte le régime de liberté dans lequel ils vivent. C’est d’ailleurs le but recherché par les activistes dont l’objectif revendiqué est de tuer la démocratie telle qu’elle est, au motif qu’elle ne leur permet pas d’imposer leurs propres vues.


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