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Les invisibles qui nous gouvernent

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 18 mars 2020
  • 2 min de lecture

Débat entre Marie-Françoise Bechtel, Vice-présidente du MRC (gauche chevènementiste), députée de l'Aisne, ancienne directrice de l’ENA, et l'essayiste Nicolas Baverez, paru dans l'Expansion (numéro de décembre 2013 - janvier 2014).


Marie-Françoise Bechtel : « ...les élites comprennent plusieurs cercles : les politiques, les intellectuels, les dirigeants économiques. Mais tout ce petit monde converge vers une idée qui peut s’énoncer ainsi : il n’y a de moderne que la fuite en avant libérale et promondialisation. La « révolution conservatrice », selon l’expression de Pierre Bourdieu, a gagné tous les esprits... ».


Pour Nicolas Baverez : « Toutes les démocraties sont aussi des oligarchies ; elles ne peuvent fonctionner qu’avec des élites, mais celles-ci doivent être plurielles, ouvertes, contestées. Or la France fait exception. La création de la Ve République a entraîné la disparition des notables et fait émerger une nouvelle élite de technocrates, qui a fusionné avec la classe politique et avec le monde de l’entreprise. Cette noblesse d’Etat… »

Dans sa définition de l’élite M-F Bechtel oublie les technocrates. Elle se souvient d’avoir été directrice de l’ENA, mais pas d’y avoir croisé l’essentiel de la classe dirigeante française et la majorité des Présidents de la République. Ce sont les invisibles, qui néanmoins nous gouvernent.


On remarque que l’une et l’autre des intervenants citent Bourdieu. Mais M-F Bechtel en occultant le fait que si le sociologue a bien entendu condamné le libéralisme, une banalité à son époque, c’est lui qui a le premier décrit la « noblesse » d’Etat, ou celle du « diplôme », à la fin des années 80. Ces gens qu’elle ignore, quand elle parle de l’élite.


D’après M-F Bechtel, l’ENA serait une simple école d’application, c’est-à-dire technique ; sous-entendu, la technique ne fait pas de politique. Ainsi les technocrates d’Etat ne font pas partie de l’élite, et si l’élite est mal formée c’est à cause des méchants libéraux.


Elle rejette toute la responsabilité de la formation d‘une élite répondant aux demandes du marché (c’est-à-dire : mondialiste et néolibérale) sur Sciences Po.


In fine, M-F Bechtel appelle de ses vœux le retour au temps béni du Conseil National de la Résistance, dont elle a oublié qu’il fut dominé par le Parti et l’idéologie Communiste, et a jeté les bases d’une France étatisée à outrance, où la dépense publique dépasse les 53 %.


On ne met pas en cause la bonne foi de M-F Bechtel, imbibée qu'elle est de ses convictions technocratiques, elle ne se rend simplement pas compte de ce qu’elle-même développe une idéologie collectiviste, car bureaucrate et collectivisme sont deux sœurs siamoises.


C’est d’ailleurs cette cécité qui fait dire aujourd’hui à beaucoup que le gouvernement de l’Etat est une simple affaire de techniciens et qu’il faut et il suffit qu’ils soient bien formés. Mais formés à quoi ? Selon quels principes ? Cela va de soi, à la primauté de la bureaucratie.

 
 
 

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