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Alternance, attention au backlash, un retour de bâton inévitable

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 13 déc. 2025
  • 3 min de lecture


Le déshonneur d’un régime politique n’est pas tant de s’assumer comme illibéral, mais de s’abandonner à un simulacre de démocratie.


Un pays, dans lequel, sous couvert d’un Etat de droit nominal plus que réel,  on emprisonne un ancien chef de l’Etat et l’on interdit au principal leader de l’opposition de participer aux élections, est-il une démocratie ? Quand, en outre, l’audiovisuel public est partisan sinon militant, et ses médias privés sous contrôle étroit de l’Etat, la réponse semble évidemment négative.


La démocratie ne se limite pas à la tenue d’élections, que, sur le plan formel, les régimes autoritaires réalisent. Ces consultations doivent être ouvertes à tous et surtout précédées d’une information libre.


On tentera de justifier par toutes les arguties juridiques de la terre l’emprisonnement de figures politiques ou leur privation de droit civiques, comme le discours officiel de disqualification républicaine de plus du tiers des électeurs, ces faits sont d’incontestables dénis de démocratie dans la France d’aujourd’hui.


Les indignations, face aux incongruités d’un Trump, aux simagrées de Poutine, aux impassibilités de Xi, sonnent faux et leurs manifestations ne peuvent tenir lieu de brevet démocratique pour notre République. Alors, quand on vide de sa substance le bien le plus précieux de notre culture où le bien suprême est la démocratie, il faut  craindre que l’on bascule dans un autre univers. Car il y aura un jour une alternance.


Les soubresauts d’un régime en fin de vie auxquels on assiste, qu’il est lassant de rappeler puisque chacun les constate, ne seraient pas inquiétants s’ils ne préparaient le terrain aux excès à venir d’une alternance qui tôt ou tard se produira.


La liberté d’expression est sacrée, mais quand elle est réservée à ceux qui diffusent la doxa officielle d’un système qui a perdu de vue le bien public pour ne penser qu’au sien, elle insulte la mémoire de Voltaire, et surtout elle légitime par avance les excès en retour.


Notre élite aurait tort de croire que la droite molle du genou serait là pour amortir le choc. Celle que Guy Mollet brocardait comme la droite la plus  bête du monde, a trop souvent barguigné, et refusé les obstacles en se soumettant au vocabulaire et concepts de la gauche pour mériter encore son qualificatif « de parti de gouvernement ». C’est en vain qu’elle mise sur de ci-devant énarques pour que rien ne change pour elle. L’alternance sera brutale.


Le sort des wokistes aux USA  où Trump applique à la cancel culture les violences juridiques dont ils ont usé, devrait servir de leçon. On appelle là-bas ce retour de bâton : le backlash.


L’idéologie qui se limite à l’anathème et à l’insulte et dont l’argument final est de qualifier les adversaires de fascistes, fachos, ou nazis, se prédestine à recevoir en retour le même traitement sommaire.


Nos élites ont été biberonnées à la confortable théorie du tout-Etat. Bien sûr pas totalitaire, mais totalement à leur main, omniprésent et omnipotent, omniscient et bienveillant . Elles en ont usé et abusé. C’est Emmanuel Macron qui avant de devenir Président disait en substance : la haute Administration est là pour servir l’État, elle ne fait que s’en servir.


Gare au moment où ces élites devront passer la main. Qui les entendra revendiquer une liberté qu’ils ont tant méprisée, une démocratie dont ils ont tellement abusé des faiblesses ? L’opinion se satisfera de ces retours de bâton comme au théâtre de Guignol. Hélas, dans l’aventure, ce serait miracle que la démocratie véritable n’en sorte pas encore plus mal en point.

 
 
 

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