Chaos technique

« Quand on arrive en ville…Les gens qui s'y promènent ressortent sur des brancards » menaçait Balavoine chanteur iconique des années 80 qui se prenait pour un zonard. Il précisait « On agit sans mobile, ça vous parait bizarre ». C’était alors la fiction de Starmania, pas le réel.
La France a changé. Sa réalité a dépassé la fiction. Aujourd’hui, des banlieues on descend en ville pour casser. « J’ai une rage en moi » déclare un casseur le soir de la seconde victoire du PSG en coupe d’Europe, « on a bien le droit » dit un autre qui veut lui aussi une victoire bien à lui, et il veut le faire savoir hors de sa banlieue où comme il le dit « on est chez nous ». On est loin de l’apothéose que l’exploit sportif aurait mérité. Une victoire du PSG s’est transformée en défaite de la France.
Les violences, pillages, saccages lors des victoires en football doivent être pris pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire la revanche d’une communauté de non-assimilés sur une société qui est supposée les rejeter. Il s’agit de « mettre le zbeul », selon le mot maghrébin qui signifie : désordre. Les sifflets de l’hymne national au stade de France, lors d’un certain match contre l’équipe algérienne, montrent bien qu’il s’agit d’exprimer une hostilité à la France, de ces Français « malgré eux ». Dans le même sens, la volonté de « casser du flic », qui s’étend parfois à des pompiers ou même des médecins, considérés comme représentants d’un Etat haï, démontrent qu’une partie de la population des quartiers dits « sensibles » ou « difficiles » est en souffrance d’identité.
Il ne s’agit pas comme dans le passé de se revendiquer Français, et italien d’origine, polonais, espagnol ou portugais, selon son pays d’immigrant mais de s’agréger dans une catégorie d’exclus définie comme « opprimée », discriminée pour des motifs raciaux, ou si l’on préfère sa couleur de peau.
Ce mauvais procès fait à la France où Nino Ferrer suivi par Nougaro chantait avec un immense succès,,,, « je voudrais être noir », est théorisé, instrumentalisé et encouragé par l’extrême gauche de Mélenchon, qui, comme le reste de la gauche, a perdu les classes populaires et se rabat sur des minorités communautarisées. Cette stratégie rejoint celle de l’Islam politique des Frères Musulmans qui s’emploient à enfermer les Français assignés musulmans dans une communauté incompatible avec la République, car soumise à la Charia, dont il leur est interdit de sortir. Elle est aussi confortée par la manie de la repentance nationale qui consiste à battre sa coulpe pour des fautes du passé (quelle nation n’en a pas fait ?), dont il est urgent de proclamer l’expiation. Un dernier exemple est l’abolition du Code Noir qui n’avait évidement plus d’objet depuis l’abolition et la prohibition de l’esclavage, mais auquel on redonne stupidement une actualité.
La « Nouvelle France » de Mélenchon n’est pas revendiquée par les casseurs, ce concept vendeur s’adresse aux intellos en herbe de Sciences Po qui croient que le féminisme est Charia-compatible. Il permet néanmoins aux LFI de dénoncer les « violences policières » du maintien de l’ordre puisque selon eux l’ordre est par nature injuste et illégitime. Cette France des minorités est minoritaire et ouvre la porte à une France qui, si elle n’est pas réactionnaire, va s’affirmer par réaction contre cette agression délibérée. Comme souvent dans les pays où existe une classe moyenne, c’est l’extrême gauche qui fait la courte échelle pour porter l’extrême droite au pouvoir. Elle fait l’erreur d’effrayer le bourgeois qui, bon enfant, accepte qu’on l’épate, mais se rebiffe quand la plaisanterie va trop loin.
« On ne veut plus voir cela, on en a raz le bol » dit Emmanuel Macron réagissant aux violences d’après match, on est tenté de lui répondre : c’est simple Monsieur le Président faites comme d’habitude, regardez ailleurs, et faites comme votre ministre de l’intérieur L. Nunez, félicitez-vous du bilan qui aurait pu être pire. On parle de « débordements » en maniant l’euphémisme, mais même quand, devant l’évidence, le Gouvernement se voit contraint de parler « d’émeutes » impossibles à contrôler, il passe à côté du problème. Refroidir le thermomètre ne fait pas tomber la fièvre. La cause de celle-ci est simple : un Etat qui ne fait pas respecter ses propres lois en expulsant les OQTF n’est pas respectable. Rien ne sert de s’en prendre aux émeutiers, le mal est politique et la responsabilité celle de l’Etat.
Mais si l’on peut se résigner aux excès climatiques, le dérèglement politique exaspère et ce chaos de plus semble être le chaos de trop.
On connait en boxe le KO technique que l’on emploie quand un des protagonistes ayant pris trop de coups ne se défend plus correctement et que son entraîneur jette l’éponge ou l’arbitre arrête la rencontre. Ce que subit la société française est un chaos technique : trop de coups, incapacité de les parer… elle n’a plus la force de s’en indigner, et se contente de subir. Il va falloir que le peuple arbitre.
Il est à prévoir que les citoyens paisibles considéreront que renvoyer la faute à une carence parentale, ou à une fatalité d’évolution culturelle contre laquelle on ne peut rien, est la réponse de dirigeants démissionnaires, et il est probable qu’ils en déduisent qu’il convient de donner un coup de balais à ceux qui, de fait, sont déjà partis.
Aux Etats-Unis, le retour de manivelle anti-woke a produit Trump. Il est prévisible que les excès des Insoumis ne paraissent pas assez contenus par une droite modérée compromise avec Macron et qui, au surplus, est incapable de se trouver un chef. Si personne ne se saisit de cette place à prendre, on sait qui en profitera.
On a longtemps dit dans les médias où sévit la pensée correcte qu’aborder certains thèmes tels que l’immigration, même l’irrégulière, c’était « faire le lit » du Front National ; en vérité, le déni du réel de la classe politique du «cercle des raisonnables » a conforté l’extrême droite qui s’est d’autant plus facilement dédiabolisée qu’elle était seule à occuper le terrain du réel.
Il ne suffit plus aujourd’hui, pour lui faire barrage, de la qualifier de fasciste. D’autant que pour la gauche LFI, le fascisme englobe tout ce qui n’est pas elle. Si tout le monde est fasciste, plus personne ne l’est. Les Antifas pédalent dans le vide et l’Histoire en marche poursuit son chemin vers l’inconnu d’une France nouvelle, qui fera face à la « Nouvelle France » de Mélenchon.
Commentaires