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Conclave

31 mai
3 min de lecture

« Avec une clé », c’est l’origine du terme. Le conclave a été institué  en 1274 par Grégoire X, comme la procédure d’élection du pape, afin de soustraire les cardinaux aux pressions séculières. Cet isolement et le secret des délibérations sont le gage de l’infaillibilité pontificale. Hors de question de soumettre les candidats à une primaire publique qui mettant l’accent sur leurs différences jetterait un doute sur leur légitimité. Dans notre pays de culture latine, la désignation du chef doit avoir le caractère sacré de l’unanimité, même si celle-ci est une fiction.


Dans les partis politiques, on parle de leader naturel, et la discretion des manœuvres et tractations est la condition de la force du chef ainsi désigné qui ne doit pas être discutable pour ne pas être discutée.


Pour la prochaine élection présidentielle, quand les sensibilités politiques semblables donnent lieu à une floraison de candidats, on invoque la dispersion des voix d’un même camp pour imposer la pratique de la primaire. Ce système « à l’américaine » a démontré sa toxicité. Celle-ci est illustrée par les scores aux présidentielles de 2022 des deux candidates, Mme Pécresse et Hidalgo, qui ont obtenu l’une 4,5 %, l’autre 1,6 % après avoir été désignées par des primaires de partis représentant 4 à 10 fois plus de l’électorat potentiel.


Le départage des candidats par les sondages de popularité ou d’intentions de vote qui semble être la voie choisie par la gauche, le centre et la droite, est une méthode encore plus délétère. On assistera à la même surenchère et bataille d’égos, coups bas et arguments déstructeurs, quels que soient les engagements non-écrits des différentes factions de laisser les couteaux au vestiaire. Le choix barométrique du chef dépendant du sens du vent qui risque fort de n’être qu’un léger courant d’air, il impulsera par conséquent très modestement son bénéficiaire.


Les extrêmes ne tombent pas dans ce piège. Le RN a son candidat naturel et son remplaçant en cas de malheur judiciaire prévisible. Les Insoumis sont soumis à Mélenchon, et cette position indiscutée par les siens lui a déjà octroyé une prime, malgré le rejet majoritaire dont il est l’objet dans l’ensemble de l’opinion.


Tous les autres partis auraient le plus grand intérêt à pratiquer la formule du conclave. La nécessité du candidat choisi de réunir au-delà de son camp pour avoir une chance de l’emporter, implique que l’adhésion autour de sa personne se réalise d’abord entre ceux qui partagent ses options politiques.


Si les cardinaux de la droite qui, à peu de choses près, pointent dans la même direction : Retaillaux, Wauquiez, Bertrand, Barnier, Lisnard… acceptent de s’enfermer dans une retraite champêtre, interdite aux  médias, pour s’accorder sur un programme, et un seul candidat, celui-ci en sortira renforcé et tous en bénéficieront, car ils auront démontré qu’ils sont aptes à faire prévaloir l’intérêt de la France, sur leurs ambitions personnelles. La mobilisation est le secret de la victoire politique, elle suppose l’union autour d’une personne investie d’un programme. S’ils restent dispersés, leurs nuances cacophoniques les condamneront à l’échec.


On peut en dire autant de la gauche où Hollande et Glucksmann rivalisent avec Faure dans la médiocrité d’une absence de ligne claire. Il en est de même pour le centre dans lequel les macronistes d’hier Phillipe et Attal se disputent un héritage dont ils revendiquent néanmoins le bénéfice d’inventaire.


L’épreuve des meetings où l’affluence aléatoire et la ferveur modérée le disputent aux talents oratoires, il faut le reconnaitre, médiocres des candidats à la candidature des partis dits de gouvernement, risque plus de les desservir que de les propulser au sommet. En effet, autant les partis extrêmes mobilisent facilement leurs militants, autant les formations « raisonnables » peinent à susciter l’enthousiasme. Sauf surprise, l’exercice aura tout d’une course de canards boiteux.




 
 
 

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