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En des temps incertains, quelles certitudes ?

  • il y a 12 heures
  • 4 min de lecture


Un certain temps est étrangement un temps dont on n’est pas certain. Ni dans sa durée, ni pour sa date. L’imprécision de la langue reflète une confusion certaine de l’esprit.


Ce flottement est la marque de notre époque qui va trop vite, sans savoir où, ni vouloir comment.


Jamais nous n’avons su autant, jamais nous n’avons tant douté.


Les religions, refuges de certitudes, sont en panne. Elles réglaient la vie sociale, elles ont quitté ce terrain, pour se cantonner dans le privé, sinon l’individuel. L’Islam ne fait pas exception à cet effacement, bien que pour y résister il ait choisi l’intransigeance du combat politique qui l’isole plus qu’il ne le sert. L’Etat laïque qui devait être le protecteur des cultes, est devenu un Etat athée. On s’émerveille du regain de foi chez les catholiques, mais les manifestations, en ne concernant que peu de fidèles pratiquants, ne font que souligner l’indifférence de masse que révèle le vide des églises.


Dans une société de consommation, par définition égoïste, l’altruisme chrétien est une étrange proposition, qui peut paraître à contre-courant.


Le consommateur dont le crédo est le pouvoir d’achat, mesure sa solitude. Il cherche dans les loisirs une direction à sa vie, et se fait supporter de football, et spectateur de sports télévisés. On prétend qu’il veut voir grandir ses enfants, mais ceux-ci, de moins en moins nombreux, préfèrent les réseaux sociaux, Instagram et Tik-Tok à la compagnie de leurs parents ou de leurs camarades. Une certitude se dégage : sans une renaissance des rites sociaux auxquels chacun participe (communie ?) selon sa place dans la famille, la vie pour soi sera une vie pour rien.


Au delà des religions défaillantes, l’utilité commune, référence de l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789,  devrait être le repère indiscutable pour orienter nos certitudes, mais à la condition que cela ne soit pas une excuse pour se défausser du souci d’autrui, le prochain, qui est notre voisin de palier et que l’on fait tout pour ignorer.


La science ? Elle progresse à grands pas, mais elle enjambe les valeurs humaines au point de parler de trans ou post humanisme. Elle glorifie la victoire de l’homme sur la nature et lui promet la conquête de l’Univers, mais elle le met en question face à une intelligence concurrente. Cela disqualifie le savoir dans son ambition de devenir une nouvelle religion. En effet, la vertu première, la promesse nécessaire d’une religion est de rendre l’homme meilleur. On sait désormais que la science est plus que jamais une lame à double tranchant. Une seule certitude devant l’inévitable déferlement des techniques, c’est l’urgence de l’éthique, la philosophie du comportement.



Hélas, par les temps qui courent plus vite que nous, on n’éduque plus, on nourrit et même on gave de nourritures superficielles. Les enfants obèses de corps et anémiques d’âme ne sont plus civilisés dans le respect d’autrui et les conventions de savoir vivre ;  ils sont excités pour s’adonner à une consommation solitaire et sans borne. Le premier principe de l’éthique universelle est de protéger l’être qui plus que toute autre espèce nait vulnérable. Mais où est la morale quand on ne sait plus où sont les droits de l’enfant, face au droit à l’enfant. Où est la morale, quand on traite les tout-petits en objets ?


Jouir et mourir sans souffrir, telle est la promesse d’une vie de paresse qui ne va plus nulle part.


L’Au-delà ? Cela n’existe plus. Ici c’est l’Ici-bas, qui est toujours plus bas.


Au début du 20ème siècle, Wittgenstein écrit La certitude, pour interroger la façon dont on acquiert le vrai. Il reprend le discours du grec ancien Empedocles, grand douteur du réel, dont les disciples devaient prendre soin pour éviter qu’il ne se cogne dans les arbres. Lacan le dit aussi, le réel, c’est quand on se cogne. Mais plus on reçoit de coups, plus on doute.


Comment se fait-il que ceux qui ont une conviction soient les plus intolérants au doute des autres ? Auraient-ils peur de douter de leurs certitudes ?


Descartes dit que l’on atteint la certitude par le doute systèmatique… on peut en douter. En effet, le chemin du vrai passe par la perception et le raisonnement, pas par la révocation. En fait, le grand René invite à rejeter les convictions a priori, celles dont on hérite sans les avoir mises en question. Il invite à la réflexion, mais, en soi, le doute ne règle rien, il ouvre d’autres idées que celles préconçues et reçues sans examen. Il ne précise pas les critères de cet examen.


Les incertitudes des guerres qui ne choisissent pas leur vainqueur, celles des marchés qui spéculent contre eux-mêmes, et les aléas économiques qui rappellent que l’énergie est une question de subsides et non subsidiaire. Ces errements rappellent que le monde est incertain.


Les médias n’échappent pas à la crise des certitudes. Au siècle dernier on avait coutume de dire : « c’est vrai, c’est dans le journal ». Aujourd’hui les nouvelles et commentaires sont suspectés par le fait même qu’ils sont présentés par l’audio-visuel, et la presse écrite n’inspire pas plus confiance.


Pourtant, jamais le besoin de repères vrais n’a été si pressant, ni l’information si abondante. Le problème est que les fake news se propagent plus vite que les vraies.


Au delà des interprétations, c’est aussi la sélection et la hiérarchisation des faits qui sont biaisées. Il est essentiel de savoir d’où un journaliste parle. Ligne éditoriale Bolloré ou Pigasse ?


L’audiovisuel public devrait être un refuge pour l’objectivité en contrastant avec les chaînes engagées. Il n’en est rien. Le service public a aussi ses combats. La seule chose dont on est désormais certain, c’est qu’il coûte trop cher. En effet, après que le rapport parlementaire Aloncle ait été vilipendé, c’est la Présidente de France Télévision qui propose un plan de suppression de chaînes et de compression de personnel.


On ne peut plus croire en rien. La météorologie pourtant bardée d’intelligence artificielle  et de satellites capteurs, n’a pas prévu la canicule. Certes, le GIEC fait des prédictions à long terme, mais comme le disait Keynes : à long terme, on sera tous morts. Cela, c’est une vraie certitude.

 
 
 

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