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Enrichissez-vous ?

14 mai
6 min de lecture


Que sont les Cinq Mille devenus ? Aurait demandé Rutebeuf, s’il avait ignoré que cette hyper-élite distinguée ne sont les amis de personne d’autre qu’eux-mêmes.


Ils ont exercé un pouvoir égoïste à travers et grâce à l’État depuis plus d’un demi-siècle. D’abord en sous-main, puis tels des prétoriens faiseurs d’empereurs, ils ont régné pendant dix ans, sous Macron, l’un des leurs. Du déclassement de la France, de l’état déplorable de ses finances, de celui de son système de santé, de son éducation nationale, ils l’ont rendu responsable, alors que lui-même les montrait du doigt. On dit que le 8ème Président de la Vème République songe dans la dernière année de sa mandature à sa « legacy », (i.e. trace qu’il laissera dans l’histoire). Il est sans doute bien tard pour s’y atteler. Lui, parti, il restera bien peu de traces positives de son passage, mais certainement on devra reconnaître sa rupture avec la méritocratie d’Etat tout autant que la pulvérisation des partis de gouvernement. Cette double destruction sera-t-elle créatrice ? Voire.


Macron s’en va. Mais les Cinq Mille sont toujours là. Aux commandes de l’Etat, de son Administration, de son audiovisuel public et en partie du privé, des grandes entreprises, et enfin de la banque, qui forment un tout à leurs mains, ils ne veulent qu’une seule chose : pourvu que cela dure, car leur place est bonne. Pour cela, ils disposent de moyens de pression massive : leurs relais dans les médias et les instituts de sondage. Leur candidat n’est autre qu’Edouard Philippe que les sondeurs ont déclaré « personnalité politique préférée des Français », et désormais, « seul à pouvoir l’emporter face au candidat RN » ; bientôt on entendra qu’il est le seul représentant du « cercle de la raison ».


Que le Maire du Havre, ancien Premier ministre de Macron, soit le continuateur de la politique qui a ruiné le pays, ils s’y sont résignés. Se mettre au service d’un « grand dessein » n’est pas conforme à leur formation. Trop longtemps, ils ont dit et fait dire que les politiques étaient « tous pourris » et incompétents. Il n’est pas concevable qu’ils se portent au soutient de l’un quelconque d’entre eux, sauf s’il est le garant du maintien d’un statu quo qui leur profite .


Malgré Macron, les Cinq Mille n’ont pas changé. Ils n’ont rien oublié et rien appris. Sans vergogne, ils donnent des leçons d’économie, alors qu’ils ont mené la France à l’indigence et l’impuissance financière. L’idée même de culpabilité, ils la dénient, car ils se considèrent par nature irresponsables. Dépositaires des solutions les meilleures, ils en attribuent les échecs aux politiciens qui les ont entravées, ou qui ont été incapables de les vendre à la population, comme cette nécessaire réforme des retraites majoritairement rejetée.


On n’a toujours pas compris chez les Cinq Mille que les Français refusent de travailler plus et demandent même à travailler moins, non pas par conversion à l’ascétisme, à la décroissance écolo, ou à la frugalité pour tous, mais par une immense lassitude de devoir nourrir un Etat boulimique qui les traite de plus en plus mal.


Il suffirait, pour inverser cette tendance de résistance civile, de faire en sorte que les Français retrouvent le sentiment que leur travail leur profite vraiment.


Le redressement du pays passe par un préalable nécessaire, celui de la réforme de l’État.


A l’Etat taxateur, redistributeur, stérilisateur doit succéder un Etat de vrai service public. C’est-à-dire un Etat frugal qui se limite à accomplir les tâches d’intérêt collectif, et libère les forces de l’économie privée.


La réforme nécessaire est simple : baisse des impôts en priorité ceux de production et sur le revenu, et symétriquement baisse des allocations et subventions aux entreprises et aux particuliers.


Aujourd’hui, la crise pétrolière illustre bien la différence entre deux politiques. L’Etat profite, en principe, de la hausse des prix du carburant pour augmenter ses recettes de TVA, et prétend compenser le choc économique par des aides ciblées… et des aides à l’électrification.  C’est bien entendu, une Administration pléthorique qui s’emploiera à cibler et distribuer les aides. Et quant à la part destinée à l’électrique, elle concerne le moyen terme, et dans l’immédiat les fonds iront dans le budget général. De fait, les Français ont réduit leur consommation de carburants, et les recettes fiscales ont diminué. Au final, le déficit public est accru.

De sont côté, la société privée TOTAL réalise un geste commercial en plafonnant volontairement son prix à la pompe, faisant ainsi une pression sur ses concurrents, contraints de suivre pour conserver leurs clients.


Hélas, l’évidence d’un changement radical de politique ne fait pas l’objet d’un consensus.


Le Directeur de BPI-France, Nicolas Dufourcq et le journaliste bien connu, Franz-Olivier Gisbert publient, sur la même longueur d’onde, chacun un ouvrage qui, l’un et l’autre soulignent la totale dépendance à l’Etat de la population française.


On admet aujourd’hui que l’Etat est obèse et boulimique, mais on néglige de dire que la conséquence est que pratiquement tous les Français , ou une immense majorité d’entre eux, en dépendent un peu, beaucoup ou totalement. Tous des fonctionnaires, dit Dufourcq ; la France est communiste, expose Gisbert.


Quand on peste sur l’impossibilité de faire des économies de dépenses publiques, et que l’on pointe la bureaucrature de l’élite d’État qui protège son pré carré, on oublie de prendre en compte que l’omniprésence de l’Etat, concerne les revenus et la vie quotidienne de pratiquement toute la population.


Il ne s’agit pas seulement des biberonnés à l’aide publique, particuliers assistés, entreprises subventionnées, mais de l’ensemble des agents économiques. L’Etat est partout. Les plus indépendants et privés travaillent pour lui, puisqu’il s’attribue plus de 50% de leurs revenus. Certains, comme les médecins, et autres professions de santé  libéraux sont payés par une administration publique. Les petites et moyennes entreprises dépendent de la commande publique. Les artisans du bâtiment sont suspendus aux aides d’Etat pour l’isolation, les panneaux solaires, les pompes à chaleur… le sort des aides à domicile est suspendu aux abattement fiscaux correspondants… Au delà des six millions de fonctionnaires et agents publics, c’est l’ensemble de la population française qui vit de l’Etat, par lui ou sous son contrôle étroit.


On pourrait considérer cette situation comme un modèle social comme un autre s’il ne conduisait à une double impasse. La première est celle de la détérioration du service public, la seconde est la croissance exponentielle de la dette publique.


Le paradoxe est que plus les Français payent d’impôts, moins ils en ont pour leur argent et plus la dette publique dérape. L’Etat était providentiel donc tout-puissant, on a découvert qu’il ne pouvait pas tout, et maintenant on sait qu’il est réduit à l’impuissance.


La dépendance générale à l’Etat fait obstacle à toute réforme. Cependant, elle ne rend pas impossible un redressement du pays.  À ceux qui disent « hors de l’Etat, point de salut », doivent succéder ceux qui dénoncent « L’Etat contre le peuple », et placent dans la population tout espoir de sursaut salvateur.


Celui-ci passe par une réconciliation entre les Français et le travail, et cela exige que ceux-ci retrouvent le sentiment que leurs efforts vont leur profiter et que l’effort supplémentaire produise un différentiel concret de confort, de patrimoine et de liberté.


« Enrichissez-vous, par le travail, par l’épargne et par la probité » disait François Guizot en 1848, inaugurant un âge d’or économique, d’une France industriellle et industrieuse. Après Emmanuel Macron qui par son « quoi qu’il en coûte » disait « endettons-nous », c’est le programme Guizot du redressement qu’attendent les Français. Ce serait une rupture totale avec une pensée correcte véhicule d’une culture anti-riches qui rejoint celle du tout-Etat pour ruiner la France.


Les politiciens auraient tort de confondre cette aspiration avec celle du pouvoir d’achat que l’on distribue avec de la monnaie magique. L’enrichissement désirable ne peut être obtenu que par la libération des efforts de tous. On dira, bien entendu, que dans ce concours de libertés, certains tireront plus de profits que d’autres, mais quelle importance si cela est le prix d’une prospérité générale.


Après un demi-siècle de règne des « partageux », virtuoses de la redistribution, champions de la taxation toutes catégories, la liberté économique est une promesse difficile à tenir. Mais sur ce point là, peut-être le seul, Macron, par ses échecs aura préparé le terrain.


Le philosophe dira que la révolution de l’Intelligence Artificielle ouvre deux possibilités : celle d’un Etat totalitaire et policier qu’elle rendra omniprésent et tyrannique de type Big Brother, ou celle d’une carte blanche offerte à une économie libre pour en  tirer le meilleur parti. L’histoire des révolutions techniques passées a montré que les pays qui ont profité des innovations sont ceux qui les ont libérées, avant de s’attacher à en limiter les excès. Plus profondément encore que la concurrence entre nations, ce n’est que de la liberté que pourra naître un modèle inédit qui invente une place nouvelle à l’individu dans un univers pris en charge par l’IA. Oui, vraiment, seule la liberté est le choix des gens raisonnables.





 
 
 

1 commentaire


yves
14 mai

🙏🙏🙏👍👍👍😘

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