Faites entrer l’excusé
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L’araucaria est aussi nommé le « désespoir des singes », en raison de ses feuilles rigides aux piques acérées qui leur interdisent d’y grimper.
Il peut représenter le sentiment que les Français éprouvent face à leur Justice qu’ils voudraient voir comme un refuge, mais dont les comportements revêches les en dissuadent. Ardemment, quand ils comparaissent en accusés ou en victimes, ils voudraient faire « confiance dans la Justice de leur pays », selon cette formule consacrée et même galvaudée. Mais cet espoir est déçu par des décisions jugées tantôt laxistes tantôt brutales.
Cette perception n’est pas celle d’une loterie, que l’on pourrait comprendre car nul ne peut abolir le hazard, mais un constat que les dés sont pipés. Les juges paraissent faibles avec les méchants, et sévères envers les honnêtes gens.
Muselé par le sacro-saint principe de respect de l’autorité de la Justice, le mécontentement sourd, s’est transformé en bronca avec l’affaire Lyhanna que l’on devrait appeller Barella, car si la mort d’une fillette violée n’est, hélas, pas un fait exceptionnel, la révélation assumée de l’inaction coupable du système judiciaire est sans précédent.
Jusqu’ici, les jugements absolvant les casseurs ou remettant en liberté des individus dangereux, provoquaient une indignation muette ou vite étouffée puisqu’il était acquis que l’indépendance des juges interdisait que l’on porte atteinte à leur liberté de jugement. Oui, désormais, le fait ne peut être nié, la Justice n’est pas parfaite, et critiquer ses décisions n’est plus le privilège professionnel des avocats.
La réalité cruelle apparue et dénoncée a provoqué une réaction du conseil Supérieur de la Magistrature qui est un modèle de corporatisme. Et au-delà de ce rappel à l’ordre qui voulait faire taire les voix qui réclamaient l’instauration d’une forme de responsabilité pour les juges, elle révèle le sous-texte d’une idéologie. On la dit non majoritaire, mais elle est conforme à une pensée correcte diffuse et diffusée dans la classe dirigeante. Cette culture de l’irresponsabilité, du pas de vagues, de la carrière, et de l’entre-soi, est celle que l’on retrouve dans l’État, son Administration et son audiovisuel.
Pour la Justice, cela s’exprime par une minorité agissante qui transforme des faits divers en faits de société pour leur appliquer des décisions partisanes, et traite des faits de société en simples faits divers pour se conformer à ses a priori qu’il faut bien qualifier de politiques.
Dans les deux cas, la Justice est malmenée.
Le crime passionnel est un trouble à l’ordre public qui suscite l’émotion, mais ne touche pas l’organisation de la société, alors que le féminicide est une atteinte à l’ordre social car il vise la femme en tant que telle. Les jugements seront différents pour de mêmes faits matériels.
Les crimes terroristes sont des menées politiques, ils sont qualifiés d’actes isolés perpétrés par des malades mentaux. Les violence urbaines sont dirigées contre la société, elles sont traitées comme des actions individuelles.
Le fait divers autorise un examen personnalisé, le fait de société emporte un jugement stéréotypé que l’on peut qualifier de politique.
La mission du juge est d’assurer un équilibre entre la personnalisation des sanctions que commande la qualification des faits et leur impact social. Il peut s’en acquitter avec plus ou moins de mesure, mais agissant en démiurge, il outrepasse ses pouvoirs pour modifier, par ses décisions, les us et mœurs en pliant la loi à son projet partisan.
L’attente légitime du citoyen est d’être jugé pour ce qu’il a fait et non pour ce qu’il est. Ce qu’il constate dans la pratique judiciaire est trop souvent l’inverse.
Longtemps, on a dit et répété que pour une bonne Justice, il fallait et suffisait que les juges soient indépendants, et que faire respecter cette indépendance devait primer sur toute autre considération. Ce principe hautement proclamé comme un marqueur essentiel de la démocratie et l’un des piliers de la République, procède d’un biais de substitution entre la fin et le moyen.
L’indépendance des magistrats dont le pouvoir est non seulement d’interpréter la loi, et de l’appliquer aux faits, mais aussi de marquer les limites du pouvoir du législateur au regard des grands principes de l’Etat de droit, s’est progressivement substituée à l’exigence d’impartialité qui est celle qu’attendent les justiciables.
L’indépendance était censée assurer l’impartialité, elle est devenue une fin en soi, puis elle s’est révélée une menace pour assurer l’équité des jugements.
Quel que soit le mode de désignation des juges, par concours, élection ou tirage au sort, l’impartialité est un leurre quand l’indépendance des juges par rapport au pouvoir exécutif ne leur interdit pas de s’engager pour une idéologie, dans l’appartenance à un parti politique, un syndicat ou toute autre association militante quelque noble soit la cause défendue.
Certes, le juge est un citoyen issu de la société de son temps, il en est imprégné, et cela intervient dans l’exercice de ses pouvoirs de décision. C’est aussi un être humain, donc imparfait, et c’est la mission bien comprise de l’avocat de l’inviter à se rapprocher de la perfection, autrement dit de l’impartialité, tout autant, et peut-être plus que de parler en faveur de celui qu’il assiste.
Cet effort est cependant peine perdue quand les préjugés d’un militant habitent le magistrat. On ne peut sérieusement prétendre que dans son cabinet le juge en fera abstraction. On l’a vu, le « mur des cons » était érigé dans l’enceinte du Palais de Justice.
On peut toujours dire, avec raison, que les moyens accordés à la Justice sont insuffisants. Mais quand les juges qui condamnent « dans le vide » dix à vingt fois le même individu sans qu’il soit mis hors d’état de nuire par la prison, on voit bien qu’il s’agit d’autre chose que de crédits insuffisants. C’est là que surgit l’objection majeure du manque de places de prison.
Mais quelle est la raison de cette carence ? Les mauvais arguments ne manquent pas : la réticence des communes d’implantation, le manque de crédits, la pénurie de personnels pénitentiaires… tout cela pourrait être surmonté, si la volonté existait. Or, la pensée politiquement correcte est que la prison n’est pas la réponse adaptée à la délinquance. Elle n’assure pas la réinsertion, elle endurcit même les malfrats, on dit que c’est l’école du crime… Il reste néanmoins que la prison est la seule mesure qui prive, de fait, les délinquants de leur liberté de nuire. Mais cette évidence suppose que la priorité soit accordée à la sécurité de la société et non aux intérêts de l’individu délinquant.
On croit entendre de nos jours devant bien des tribunaux français : « faites entrer l’excusé », tant il est établi que les accusés sont absous d’avance.
Cette culture de l’excuse, n’est pas celle de la population, mais d’une poignée de militants attardés sur une idéologie du siècle passé aujourd’hui obsolète. La théorie de l’oppression de l’individu par la société bourgeoise, trouve toutes les bonnes circonstances pour faire de tout malandrin un Jean Valjean, condamné au bagne pour avoir volé un pain.
L’idée de la société injuste s’est installée dans les bagages du marxisme en lutte pour le prolétariat travailleur, face aux puisants industriels capitalistes. Cette réthorique qui se justifie par un système oppressif, et, se référant à Jean-Jacques Rousseau, ne cadre plus avec la société française de notre époque.
Les droits, aujourd’hui, abondent, les devoirs sont minces. Ce à quoi l’on assiste est la tyrannie de l’individu roi, car détenteur du pouvoir d’achat qui est ls Saint Graal de l’économie. Pour parler comme Karl Marx, nous vivons l’ère de la dictature du consommateur. Comme le prolétaire de jadis, il n’exerce sa souveraineté que par le truchement d’élites qui ne transigent pas sur leurs propres intérêts, et ont peu de respect pour ceux qu’elles représentent. A cet égard, les idéologues, qui recyclent le vocabulaire des sociologues de l’après guerre, sont les idiots utiles d’un consumérisme sans limite. En France, l’un des sommets de la jobardise a été atteint par les tenants de la croissance par la demande, que la cigale de La Fontaine n’aurait pas reniée.
Dans ce contexte, la volonté populaire, qualifiée de populisme, doit être combattue, simplement parce qu’elle est celle des gens du commun. Ainsi, la classe dirigeante en vient à privilégier ce qui heurte le bon sens, mais lui donne un sentiment de supériorité sur l’homme de la rue. L’unique crainte de l’élite qui pense comme les coquettes se mettent du vernis à ongles, est l’émeutier, l’homme dans la rue. En effet, celui-ci la renvoie à la vacuité de son discours et à la réalité de ses échecs.
On voudrait ici et là faire porter le chapeau du recyclage des vielles lunes marxistes à la génération des baby-boomers autrement nommés les soixante-huitards. Si cette couche de la population a une responsabilité dans la culture de la vie pour soi, dans le permissif, et dans le droit d’inventaire, elle est devenue celle des papy-boomers, et n’est pas comptable de la croissance démesurée de l’Etat, qui a stérilisé plusieurs classes d’âge en leur inculquant des habitus bureaucratiques. Ces comportements directement induits par la fonction se caractérisent par la fuite de la responsabilité et l’appétit de pouvoir et privilèges. Ces deux travers ont déterminé une tyrannie des irresponsables dans la classe dirigeante, et les magistrats n’en sont pas exempts. Après les fautes commises qui ont conduit à la mort de la jeune Lyhanna, on attend les sanctions, mais il ne suffira pas de punir les lampistes.
Avec de moins en moins de patience les Français exigent une réforme de l’institution judiciaire, mais aussi de l’administration de l’Etat, son éducation dite nationale, et son système de santé. Toutes ces réformes seraient une vraie révolution qui commencerait, pour être financées, par une révolution économique et fiscale, dont le nom est le gros mot de libéralisme.
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