Identité française, et les 7 piliers de la France de demain

Qui sommes-nous ?
A entendre le discours ambiant des temps qui courent, il faudrait, en tant que Français, chaque jour, faire acte de contrition.
Non seulement, il faudrait se couvrir la tête de cendres pour ce que la France est aujourd’hui, déclassée, endettée, discréditée, et impuissante à faire face au monde tel qu’il est, mais encore on devrait entrer sous terre à l’évocation de son Histoire.
Honte à nous d’appartenir à une nation qui a commis tant de crimes contre l’humanité, envers ses devoirs d’égalité entre les sexes, les races, les religions et les travailleurs.
L’Histoire est une succession de crimes, de tueries, de guerres, d’injustices et de forfaits d’Etat ou de mouvements populaires qui ont été impunis ou même récompensés par contradictions avec l’adage qui veut que le crime ne paye pas.
La repentance cependant pour les fautes de nos pères est une absurdité. Dans toute nation, on trouve un côté sombre de sa force. Il est lucide de le reconnaitre, mais quant à lui attribuer une valeur morale actuelle, c’est autre chose.
Fernand Braudel conçoit la France comme un territoire, et quand il décrit L’identité de la France (1986), c’est un ouvrage posthume inachevé où manque le volet sur l’Etat, la culture et la société qu’il n’a pu produire. Un espace géographique n’a pas de morale, il est la résultante de superposition d’occupants, qui constitue un mélange tenu ensemble par des structures matérielles. On veut bien créditer Braudel de son intention de traiter de la partie qui fait l’âme d’un peuple, le fait est qu’il n’en a rien dit.
Or, une nation vit par l’image qu’elle se partage des ses grands hommes et femmes emblèmatiques, et du souvenir de leurs actions. Ne pas ignorer leurs aspects sombres n’interdit pas de s’enrichir de leurs hauts faits, et c’est surtout ces derniers que l’on privilégie. On appelle cette mémoire sélective, dans tous les sens du terme, le récit national.
Répondant à la question : Qu’est-ce qu’une nation ? Ernest Renan, en 1882, dix ans après la défaite de Sedan, fait du « récit national » la substance d’une nation qui, dit-il, n’est ni la langue, ni la religion, ni la race… Ce récit est selon lui un mélange de mémoire et d’oublis. La mémoire de ce dont un peuple peut être fier, l’oubli de ce dont il pense devoir avoir honte.
Les Français peuvent être fiers de Jeanne D’Arc, ils préfèrent oublier la Saint Barthélemy. Plus exactement, ils enjolivent la vie de Jeanne dont ils veulent rappeler les épisodes quasi-miraculeux, et tirer des enseignements, alors qu’ils évoquent le massacre des protestants en 1572, comme si ce fait historique ne les concernait pas. Sans l’ignorer, le récit national n’en fait pas un sujet de repentance. Ce n’est pas un oubli, ni une légitimation, mais un fait non significatif d’une identité que les Français ne prennent pas pour leur. Cet « oubli » est une forme de rejet de la mémoire commune qui refuse d’endosser la responsabilité de cette ignoble tragédie comme structurante de l’identité française.
De même, les massacres de Vendée, et la Terreur sont dissociés de la Révolution dont on ne retient que l’avénement des Lumières.
De même, la Collaboration sous l’Occupation a existé, c’est un fait. L’oubli, en ce qui la concerne, est un argument partagé : ce n’était pas nous… et pourtant, voyons : c’était bien nous.
De même, les excès et crimes de la colonisation ne sont pas ignorés, mais ils sont considérés comme non constitutifs de l’identité française.
Pour parvenir à cette étrange opération, ces faits quand ils sont trop récents pour être déchargés d’émotion, sont expliqués et relativisés, resitués dans le temps, parfois justifiés. Mais ce qui compte n’est pas la condamnation, mais leur dépassement… c’est-à-dire cette forme d’oubli qui dénie non la faute, mais son imputabilité.
L’oubli de Renan est le choix que fait la mémoire de ce qui compte et de ce qui n’a plus d’actualité. Sans oublier, pas de réconciliation avec l’Allemagne. Il a été nécessaire de jeter la rancune à la rivière, et de la laisser aller au fil de l’eau. Quand, en 1950, Alphonse Halimi, boxeur, déclare avoir vengé Jeanne D’Arc en battant un Nord-Irlandais sur le ring à Wembley, il a fait sourire, par cette saillie dischronique.
Tordre le temps et l’époque est à l’inverse une attitude qui fait recette, mais ne fait plus sourire. La tendance à se constituer une identité de victime en important des faits historiques dans le présent, même s’il n’ont aucune réalité actuelle est un refus de laisser opérer la salutaire oblitération collective, non des faits, mais de leur poids dans le présent et leur effet déterminant pour l’avenir. En cela, la repentance est un contresens et un poison violent contre l’unité d’un peuple.
Se complaire dans le côté sombre de son histoire ne fait pas la force d’une nation, au contraire. Ce qui rend l’idée nationale puissante est le dépassement. Au-delà de la culpabilité, ce n’est ni la négation du passé, ni sa justification, mais au contraire l’exclusion d’endosser les crimes de nos pères… tout bonnement, parce qu’on ne les approuve pas.
L’histoire est affaire de faits, elle n’est pas un exercice de justice rétrospective. La loi pénale n’est pas rétroactive, celle d’aujourd’hui ne peut s’appliquer avec notre morale aux actions d’hier et encore moins de jadis.
De Gaulle a du sang sur les mains pour ne pas avoir fait obstacle aux massacres perpétrés par le FLN lors de l’indépendance algérienne, ou pour avoir fait appliquer la peine de mort. Il reste un héros français et un modèle pour l’ensemble de son œuvre.
Napoléon 1er a rétablit l’esclavage aux Antilles, il reste un géant de la grandeur de la France, et l’architecte de ce que sera l’héritage de la Révolution.
L’erreur tragique serait de faire des faces sombres des éléments de l’identité française, car celle-ci n’en veut pas. Et c’est là son honneur. Il ne s’agit pas d’expurger le récit national de ce qui gêne, mais de ne pas faire de faits, aujourd’hui désapprouvés, autre chose que des événements qui sont survenu, mais ne nous engagent pas dans ce que nous sommes.
Il ne s’agit pas d’invoquer la prescription, mais l’altérité. L’identité française d’aujourd’hui n’est comptable que de ce dont elle s’honore. Que le reste soit aux oubliettes est tout à son crédit. On ne fait pas ici de négationisme, C’est tout le contraire. L’histoire est ce qu’elle a été, mais le passé est accompli. Il nous appartient de choisir dans ce qu’il fut, ce qui mérite d’être fondateur ou pas.
A propos… à choisir entre Bardella et Mélenchon, le premier qui nie et renie des propos antisémites qui lui sont prêtés, ou le seconde qui en fait un article de son fonds de commerce, le choix est vite fait. L’un fait partie de l’identité française, l’autre pas.
Interrogée sur l’identité française ChatGPT répond à la première personne. C’est charmant pour une IA américaine. Et voici ses sept piliers de la France de demain :
1 . La mémoire de notre histoire
La langue française
La République et ses valeurs
La diversité de nos territoires et nos cultures
Le goût de la liberté et l’esprit critique
Le travail, la transmission et le mérite
Le sentiment d’appartenance nationale.
Les candidats à l’élection présidentielle devraient en prendre note. Ils ont sans doute recours à l’IA , mais posent-ils les bonnes questions ?
Commentaires