L’IA agentique : la loi à l’ouest du Pecos
- il y a 3 heures
- 4 min de lecture

Vous avez aimé l’IA conversationnelle qui vous parle si intelligemment et familièrement, qui fait les devoirs à la maison de vos enfants, rédige obligeamment vos exposés, et pourquoi pas votre thèse de doctorat, au grand émerveillement de tous jusqu’aux philosophes blazés comme l’agrégé Luc Ferry. Réjouissez-vous ! Vous allez adorer l’IA agentique.
A la différence de CLAUDE, Chat GPT ou quelques autres « bots » qui se comportent comme une bibliothèque dont tous les ouvrages seraient interconnectés que l’on consulte quand on le veut, l’IA agentique ne se contente pas de tout savoir, elle est faite pour sortir du placard et agir.
Certes l’IA livresque peut se révéler nuisible dans la mesure où ses contenus seraient erronés, voire orientés ou militants, mais sa capacité de nuire est indirecte, car nécessairement médiatisée par des humains utilisateurs.
L’IA agentique est d’une autre nature. Comme son nom l’indique elle agit. Elle ressemble à l’autre IA, par sa capacité d’apprentissage qui lui permet d’apprendre sans cesse sans intervention humaine, ce qui l’a fait qualifier (sans doute abusivement) de générative, cependant elle est conçue pour aller sur le net, pas seulement pour s’y promener et faire son marché, mais aussi pour y réaliser des actions, en s’introduisant chez les usagers.
Vous dites qu’une telle machine n’existe pas ? Détrompez-vous. Au cours d’une conversation avec CLAUDE, j’ai vérifié plusieurs choses à ce sujet.
Tout d’abord, au moment où j’écris ces lignes, les entreprises créatrices d’IA ne sont soumises à aucune règle aux Etats-Unis, où en tout et pour tout, il existe un projet de loi dénommé AI Kill Switch Act déposé en juillet dernier sur les bureaux du Congrès.
Certes, il existe un Réglement européen numéro 2024/1689 sur l’IA et depuis le 2 août 2026 l’Union dispose d’un pouvoir effectif de sanction. Mais CLAUDE qui parle d’extraterritorialité du droit européen, reconnaît que le Gouvernement US a répliqué de manière très ferme par des menaces douanières aux précédentes sanctions que l’UE avait prises contre des plateformes américaines.
De plus, CLAUDE a admis que la réglementation de l’UE visait l’IA conversationnelle et absolument pas l’IA agentique.
Soyons clairs, pour l’IA, c’est aujourd’hui le Far West.
Certes, il s’agit d’une nouvelle Frontière, mais dans cet espace à découvrir, il n’y a pas la moindre loi, pas plus que jadis à l’ouest du Pecos, cet affluent fameux du Rio Grande où sévissait le Juge Roy Bean.
CLAUDE a aussi convenu qu’entre Conversationnel et Agentique, il y avait un saut de nature et pas seulement de degré.
Il a indiqué que l’IA agentique était un type de robot en cours d’expérimentation comme l’a révélé l’incident « Hugging Face » où un des modèles d’ASTRA, filiale d’Open AI, a échappé aux consignes de ses concepteurs en pénétrant l’infrastructure de production d’une entreprise.
Bien entendu, CLAUDE a tergiversé pour finalement reconnaitre que l’IA agentique était doublement dangereuse. Structurellement plus difficilement maîtrisable par ses concepteurs, elle peut être une arme redoutable qui agit directement sur l’extérieur par l’intermédiaire du Web. Telle un agent toxique, elle progresse en silence, et quand elle apparait par ses effets, il est trop tard. On ajoutera qu’en l’état de la législation, embryonnaire pour ne pas dire inexistante, c’est celui qui sortira son colt le premier qui fera sa loi.
Au moment où l’on apprend qu’en France des centaines de milliers d’adresses IP et de données de particuliers piratées sont en vente sur le Web noir, on mesure le danger qu’une IA agentique peut représenter pour les Français à qui l’on demande, de plus en plus, de se livrer à l’internet pieds et poings liés.
Les concepteurs de l’IA agentique ne semblent pas avoir pris conscience du danger que porte en lui leur créature. Il est urgent, non pas seulement de légiférer, car la loi n’a jamais a elle seule supprimé les abus, mais surtout de se consacrer à une IA défensive.
Notons qu’une réglementation serait protectrice des intrusions d’IA étrangères, comme par exemple chinoises ou russes, contraintes de montrer patte blanche pour pénétrer sur l’espace internet tant américain qu’européen.
Promesse de partager le savoir et le savoir faire, l’IA pourrait bien très vite devenir une obligation urgente de fermer les écoutilles, c’est-à-dire, construire des frontières numériques entre les Etats. C’est bien ce que la guerre cyber, dite hybride, qui en est seulement aux prémisses avec ses « trolls » et ses « hackers », va bientôt nous imposer, et que l’IA agentique va accélérer. Ce sera une brusque marche arrière dans le partage de l’information mondialisée, un retour autarcique dont on ne mesure pas encore l’importance économique et par voie de conséquence politique.
On ne peut que s’interroger sur la propension des hommes depuis Prométhée à créer des outils qui deviennent les instruments de leur propre perte, le plus souvent pour ne pas en avoir prévu ni prévenu le mauvais usage. La propension toute particulière de nos gouvernants, et au premier chef Macron, à l’imprévoyance et leur pratique du déni prélude à l’impuissance, nous garantit que notre pays sera le dernier à réagir dans ce domaine, comme dans tant d’autres.
Commentaires