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La France « Orange mécanique »

  • il y a 7 heures
  • 5 min de lecture

Il y a pire que l’indignation, plus destructeur que la colère, plus encore terrible que la peur, il y a la désespérance.


Après les violences émeutières d’après match de football qui ne sont que les dernières en date, mais pas à prévoir, de la mandature Macron qui aura été à cet égard exemplaire tant les dix dernières années ont vu une institutionnalisation de cette pathologie sociale, on a une fois de plus constaté que la Justice était aux abonnés absents.


L’impuissance des juges à assurer l’ordre public dont ils sont les gardiens n’a pas suscité le moindre commentaire de nos gouvernants.


Quand une fillette est morte, retrouvée dans un état tel que l’on n’a pas osé la présenter à ses parents pour qu’ils l’identifient, et qu’il a fallu recourir à l’ADN, alors que tout porte à croire que ce drame aurait pu évité si la machine judiciaire avait fait son travail, on est saisi d’un mélange d’horreur et d’indignation.


Mais lorsque l’on entend le Président Macron parler de « dysfonctionnement » quand on sait que de nombreux autres signalements de même nature sont laissés sans suite, et que des crimes de semblable gravité ont été perpétrés par des OQTF, c’est-à-dire des individus qui n’auraient pas dû être présents, on ne peut que qualifier ces carences de systémiques. L’effroi saisit quand on apprend par le Garde des Sceaux que 70.000 dossiers concernant des violences sur mineurs sont en souffrance… le mot est terrible.


Ces faits ne sont pas des « points singuliers » , comme l’on dit dans un bâtiment qui présente  plusieurs désordres, ce sont des vices de construction. Comme les immeubles mal bâtis ou les ponts mal conçus, la Justice française menace ruine.


Nos dirigeants ne reconnaîtront jamais que la situation de la Justice n’est pas une suite d’événements malheureux. Ce n’est pas non plus une affaire  de moyens humains ou techniques. Il s’ agit de la conséquence d’une idéologie qui préfère des droits individuels absolus aux impératifs de la sécurité publique. Certes, on ne peut reprocher aux juges de respecter les droits de l’homme, mais ceux-ci ont une limite qui est celle où leur exercice est nuisible à autrui.


Les casseurs n’exercent pas un droit de l’homme ou du citoyen, les violeurs d’enfants qui suivent leurs pulsions ne sont pas des victimes d’une société malveillante. Les délits et les crimes des uns et des autres sont de la responsabilité de la Justice quand celle-ci a à en connaître. Malheureusement, elle est défaillante, paralysée par une culture de l’excuse qui conjuguée à celle du « pas de vagues », prévaut dans l’ensemble des milieux dirigeants.


La Justice est une institution essentielle en ce qu’elle est l’expression et la mise en oeuvre de la cohésion sociale. Son dérèglement est le symptôme d’un désordre public profond. On peut dire que, comme le personnel politique et les médias, elle souffre d’un discrédit aux yeux du peuple, mais au delà du déni de réalité des gouvernants et médias qui sacrifient la vérité des faits à la « pensée politiquement correcte », la Justice est mal en point. Sa pathologie s’appelle militantisme. Contre tout bon sens, il a été accordé aux magistrats le droit  de se syndiquer.


L’appartenance à un syndicat est une aliénation de liberté individuelle au profit des intérêts collectifs défendus par le groupement. On dit qu’au moment de juger, le magistrat oublie cette appartenance, mais cette fiction est d’un angélisme coupable. Soit le militant ne croit pas en ce pour quoi il se bat, soit cette conviction fait partie de son jugement intime. Le syndicalisme des juges est la garantie d’une justice partisane.


Cette situation est d’autant plus préjudiciable en France qu’il existe un syndicat, le Syndicat de la Magistrature, qui prône une action positive de ses membres dans leurs jugements  pour plier la société à ses vues. Dans un Etat démocratique, on devrait qualifier cette position de forfaiture, car elle est une rupture majeure de l’obligation sacrée d’impartialité du juge qui seule fonde son autorité.


« Je jure de remplir mes fonctions avec indépendance, impartialité et humanité, de me comporter en tout comme un magistrat digne, intègre et loyal et de respecter le secret professionnel et celui des délibérations ». Tel est le serment prêté désormais par tout magistrat judiciaire dès sa prise de fonctions. Ce texte  est le résultat d’une réforme obtenue par Eric Dupond-Moretti en 2023 qui a ajouté « indépendance, impartialité et humanité » au précédent serment.


C’est une véritable révolution, en particulier pour les syndiqués militants du SM qui selon les statuts de leur syndicat et leur fidélité à la fameuse harangue d’Oswald Baudot, procureur qui en 1974 s’adresse aux jeunes magistrats : « Soyez partiaux. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d’un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d’un côté. ».« Selon que vous serez puissants ou misérables les jugements de cour vous feront blancs ou noirs. »  disait La Fontaine qui plaidait pour l’impartialité.


S’il est permis de s’auto-citer, on rappellera que dans La trahison des invisibles (Le Passeur 2020), on évoquait l’une des « Deux France » possibles, à propos des juges :


« Dans une assemblée extraordinaire de magistrats, convoquée par le Conseil de la magistrature, les juges ont adopté à l’unanimité un nouveau serment où sont présents l’humanité, la probité, l’indépendance, mais aussi l’impartialité. Dans la foulée, l’Assemblée des juges a renoncé au syndicalisme et au militantisme politique qui en découle. Le choix de la magistrature impliquera désormais un engagement de ne pas faire de politique pendant ses fonctions et pendant cinq ans après leur fin. Et aussi de respecter le caractère sacré des processus électoraux ».



On dira que le serment d’impartialité, ne change rien, et c’est à tort. Depuis la réforme, les syndiqués du SM sont en état de parjure, à ceci près que le serment nouveau n’est que facultatif pour les anciens magistrats. On pourra s’étonner de cette solution qui est l’inverse de celle retenue pour le serment des avocats, réécrit par Badinter, et s’impose à tous les avocats quelle que soit la date de leur entrée dans la profession.


On dira qu’il fallait un Garde  des Sceaux « ennemi » des magistrats qui le lui rendaient bien et l’ont trainé devant la Cour de Justice de la République, sans succès car la composition de cette juridiction ne donne pas aux juges la décision finale.


Il faut se rendre à l’évidence. Les Français se trouvent en face de deux Justices différentes : l’une où les juges ont prêté serment d’impartialité, et l’autre  où les magistrats en sont exemptés, et libres de promouvoir une société à leur convenance.


Dans le roman d’Anthony Burgess Orange mécanique (1962) que Stanley Kubrick a porté à l’écran en 1971, la violence, pulsion inhérente à la nature humaine s’installe dans une société permissive et passive, comme un besoin de tout s’autoriser dans l’ivresse de l’impunité.


Rarement l’anticipation aura été aussi prémonitoire.


La culture de l’excuse, la prééminence absolue des droits individuels, induisent des sanctions molles qui ajoutées à la négligence des poursuites malgré les signalements, ou les interpellations, donnent le sentiment d’une justice contre le peuple.


La protection de la société est classée dans les revendications du populisme. Il est donc inévitable que l’on soit désormais en présence d’une France « orange mécanique » où le citoyen est livré à la loi des violents, sans espoir que cela change.


 
 
 
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