La grande illusion

C’est une perception ou une croyance qui diffère de la réalité objective, on la nomme « illusion ». Quand on s’illusionne, on se ment à soi-même, mais le plus souvent, dans l’univers politico-médiatique on est le jouet des illusionnistes, qui eux aussi se font des illusions sur leurs capacités à faire de leurs chimères des vérités.
Notre classe dirigeante est hallucinante, elle s’efforce de donner consistance à des réalités parallèles. Quand certains bonimenteurs affirment que rembourser ses dettes est une option, ou d’autres et parfois les mêmes promettent de distribuer un argent que l’on a pas. Ils arguent qu’il suffit de le prendre aux riches, mais c’est une illusion car, sauf à supprimer totalement toute liberté économique, ces derniers répercutent sur les plus faibles les efforts qu’on leur impose, de sorte que les allocations appauvrissent ceux que l’on prétend aider. La redistribution est une illusion qui enfle comme une boule de neige sans supprimer la pauvreté. Les acteurs politiques ont beau savoir que cela coûte « un pognon de dingue », tous persistent dans cette dinguerie.
Ces comportments seraient distrayants s’ils ne polluaient pas le débat politique, lequel affecte désormais notre quotidien le plus immédiat. Les utopies et rêves d’avenir sont des illusions qui orientaient un futur que l’on avait le temps de voir venir, mais les illusions dont on nous berce impactent notre présent avec une violence sans précédent.
La grande illusion, celle qui les résume toutes, est que la France est économiquement trop grande pour faire défaut. On sait depuis la faillite de Lehman Brothers que « too big to fail » est une illusion. Cette erreur, qui est néanmoins persistante, menace d’être fatale, elle est, en fait la somme de toutes les idées fausses dont nous nous leurrons.
il y a d’abord la croyance que l’Etat peut tout, qu’il protégera toujours, et répondra sans faiblir aux sollicitations. Ainsi, les dix milliards que réclament les lycéens ne sont que le tarif établi par les Gilets jaunes. Leur erreur qui est la même que celle de tous les Français, est d’ignorer que l’Etat, c’est eux. Et que ces « dix milliards », ce sont eux qui auront à les rembourser.
Si l’illusion d’optique d’un Etat tout puissant dont ils sont victimes se dissipait, ils prendraient conscience qu’ils ne peuvent et doivent compter que sur eux-mêmes, car les marchés ne font plus aveuglément crédit. Le temps des politiques volontaristes a fait place aux impossibilistes, jusques et y compris sur la vraie menace qui pèse sur la jeunesse du fait que l’IA rendra leurs formations inutiles, et fera d’eux des sans emploi. Ceci arrive, hélas, plus vite qu’on le dit.
Les gouvernants et gouvernés ont tous l’illusion que l’élection présidentielle réglera tout : la dette, l’immigration, les services publics, la sécurité, et tous les autres défis du monde d’aujourd’hui… Les électeurs s’imaginent que le bulletin de vote est une baguette magique, et que tels des Harry Potter, ils pourraient vaincre en un tournemain tous les monstres hideux qui sont à l’œuvre pour détruire le pays. Dans cette perspective, certains ont l’illusion de croire dans les promesses de sobriété des alcooliques anonymes qui les ont conduits à la rivière impétueuse où ils vont se noyer.
Le tragique est que les charlatans croient en leurs propres boniments. Ils ont l’illusion qu’il leur suffira d’accéder au pouvoir pour goûter au triomphe. En vérité, là commencera leur chemin de martyr. Si nos politiques avaient une once de bon sens, il ne s’en trouverait aucun pour briguer la responsabilité suprême. En fait, la profusion des candidats montre qu’ils s’illusionnent sur leurs propres capacités, ou leur miraculeuse bonne étoile. A moins qu’il ne s’agisse d’une illusion collective de ce que l’onction du suffrage universel puisse donner à l’élu des pouvoirs surnaturels.
L’expérience enseigne que l’état de grâce qui suit une élection ne dure en général que trois mois, et tout porte à croire que cette fois la béatitude de l’élu s’évanouira en une heure.
Le mirage de la présidentielle, élection majeure, empêche de voir l'âpreté des législatives qui suivront nécessairement. Ce troisième tour, que Mélenchon promet dans la rue, sera en fait précédé d’une empoignade électorale. À l’illusion d’un scrutin confirmant le choix de la présidentielle, succédera le spectacle des combines et magouilles, accords secrets, et alliances contre nature… bref, la réalité prosaïque des campagnes électorales.
La leçon des élections de 2022 est que le corps électoral n’est pas toujours disposé à donner au Président élu une majorité pour qu’il dispose des moyens de gouverner. Ce schéma qui correspond à une élection de rejet plus que d’adhésion aura toute chance de se reproduire en 2027.
Ainsi l’illusion que le suffrage universel a le dernier mot, fera place au constat que les partis ont des ressources pour y faire obstacle. Mais eux aussi, s’illusionnent en pensant que leurs intérêts divergents vont sauver la France. La dure réalité d’un pays non seulement en faillite, mais ingouvernable ne surprendra que les dupes de leurs propres espérances.
La classe politique a des excuses, elle ne fait que labourer les champ fertile de la crédulité populaire. Ce fut jadis le bon sens qui était la chose du monde la mieux partagée, mais désormais, en France, c’est le déni de réalité.
Nombre de Français, croient sincèrement que leurs difficultés sont le fait de leurs gouvernants, et qu’ils n’y peuvent rien. L’idée est même que c’est leur impuissance qui les exempte de toute responsabilité. Ils évacuent un peu vite la vérité que l’on n’a jamais que les dirigeants que l’on mérite… ou plus exactement que l’on tolère.
Quand Emmanuel Macron demande aux policiers d’exercer le maintien de l’ordre avec empathie, lui qui en est totalement dénué, ou quand Médiapart dénonce l’antisémitisme, c’est l’Hôpital qui se moque de la Charité. Le fait que nul ne s’en offusque participe à la grande illusion d’une réalité alternative où l’on peut dire n’importe quoi et où seul compte le narratif.
Le discours officiel affirme que l’Etat ne peut faire d’économies. La révélation des trois mille enseignants payés à ne rien faire par l’Education Nationale, vient d’apporter un démenti cinglant à cette pseudo-vérité. Mais qui s’en insurgera ? De fait, le peuple français est résigné à ce qu’on lui mente, et sa seule excuse est qu’il y prend plaisir.
Notre petit monde politico-médiatique est pareil aux manieurs de bonneteau qui manipulent les cartes pour duper les badauds. La plus grande de nos illusions est de croire que l’on pourrait assister à leurs simagrées sans se faire plumer.
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