La paille et la poutre ou le doigt dans l’œil
- il y a 10 heures
- 5 min de lecture

On dit et l’on répète ad nauseam que la démocratie est malmenée aux Etats-Unis. Le responsable en serait un seul homme qui concentre, quoi qu’il fasse ou dise, toutes les critiques et qui parfois les mérite.
L’étrange défaite de l’esprit dans les imprécations dont Trump est l’objet, est que l’on en vient à souhaiter son échec en tout, même quand nous en pâtissons, et que l’on rejette ses succès même quand on pourrait en profiter.
Spectateurs d’une série de matchs où l’Europe ne joue pas, même si elle paie fort cher des places dans les tribunes d’où elle se contente de brailler et vitupérer, on y est réduit à rechercher simplement qui est ou sera le vainqueur, sans voir que ce sont les européens qui sont les perdants. Des combats toujours perdants, dirait Houellebecq… si seulement on combattait, doit-on ajouter.
La capture de Maduro était illégale, mais comment ne pas s’en féliciter ?
La guerre de Trump en Iran n’était pas la nôtre, mais une guerre sans morts américains, est-elle une vraie guerre ? Sa paix ? On prédit que ce ne sera pas une vraie paix.
Comme de tradition américaine, Trump achète des dirigeants corrompus, puisqu’ils ne sont pas de gauche, au Vénézuéla, et maintenant en Iran. On lui reproche d’avoir abandonné le peuple ici comme là. Mais qu’avons-nous fait pour les démocrates vénézuéliens ou ces malheureux perses massacrés en janvier 2026, que l’on sait opprimés depuis près d’un demi-siècle ? Certes, l’Iran n’a pas capitulé, et il faudra sans doute revenir pour tondre le gazon maudit, mais la bombe atomique des Mollahs est renvoyée à plus tard. Bien sûr, les comptes ne sont pas soldés entre Israël et les Ayatollahs, mais ceux-ci et leurs proxys ont sérieusement payé la facture du 7 octobre.
Pathétique. A Evian-les-bains, Emmanuel Macron, tout penaud, se voit rejeter avec dédain l’aide qu’il propose à l’allié américain. Où étais-tu quand je t’ai demandé ton appui dans la bataille ? Parait lui signifier Trump. Tous les coups sont permis, dans le MMA, Multi-Martial-Art, dont Donald raffole autant que Chirac prisait le Sumo.
Qu’on se le dise : la paix de Trump, même si elle ramène un temps de calme au Moyen Orient, n’est pas une bonne paix, car elle n’est pas le fait d’un défenseur de la démocratie dans le monde et qui bien pis la viole aux Etats-Unis.
Mais de quelle démocratie parle-t-on ? Celle, politique, de la liberté d’expression, de penser, de voter, d’aller et venir, ou celle tout aussi fondamentale d’entreprendre, de créer, de jouir des fruits de ses efforts ?
On se gargarise des outrances Maga ou trumpiennes, mais elles répondent aux extravagances wokes. La presse US est libre, les prochains votes sont incertains, voire seront contre Trump, et l’administration publique est enjointe de cesser de pratiquer la discrimination positive qui n’a rien de démocratique qui suppose l’égalité de tous devant la loi.
La vérité est que nous préférons vomir l’Amérique que reconnaitre la cruauté du miroir qu’elle nous tend. Ils est vrai que l’image que l’on peut y voir n’a rien de flatteur.
En Europe, et particulièrement en France, on ignore, avec une superbe qui frise l’inconscience, la démocratie économique que l’on appelle libéralisme avec une moue d’écœurement dédaigneux.
Le vieux continent ne s’est toujours pas remis des excès et douleurs de la révolution industrielle, où le capitaliste cynique exploitait le salarié aliéné par un travail abrutissant. Il vit toujours dans le schéma de la lutte des classes, même si les révolutions technologiques de la fin du 20ème siècle ont fait disparaître le prolétariat qui de majoritaire est devenu résiduel, au profit d’une classe moyenne qui peut désormais profiter de la vie.
Cette sclérose idéologique s’est installée plus profondément que nulle part ailleurs dans l’Europe du sud, catholique et de culture latine, alors que les nations protestantes du nord ont renoué avec une conception laborieuse de la démocratie qui ne se paye pas de grands mots ronflants, mais s’applique à l’économie, et aux résultats concrets.
En France, le régime de l’économie dirigée, a dans un premier temps dans l’après guerre permis de construire en trois décennies une nation prospère et solide, ce fut le temps des plans dont la pertinence a été prouvée par la hausse spectaculaire du niveau de vie. À l’intérieur de ce cadre, l’entreprise était libre et l’Etat n’occupait pas plus de place que nécessaire. Il gagnait en autorité et en efficacité.
A partir des années 70, le plan a disparu, non pour rendre les entrepreneurs encore plus libres, mais du fait que l’Etat n’était pas en mesure de définir les grandes orientations à prendre. Ce rôle qui dans l’économie libérale est assuré par le foisonnement des initiatives privées, a été abandonné à une fonction publique sans capacités créatrices. C’est, sans débat démocratique, que l’élite d’Etat a choisi le chômage de masse, une désindustrialisation fatale, et a sacrifié progressivement l’agriculture, à mesure qu’elle étoffait sa propre population de fonctionnaires improductifs.
Sous Giscard, on aimait dire qu’en France « on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ». De fait, les idées étaient simples, étendre sans limite la sphère étatique, au détriment du privé.
Ainsi la liberté que les grandes orientations des plans de l’économie dirigée laissait à l’initiative privée, a disparu, ou, plus précisément, elle s’est muée en liberté de disparaître ou se délocaliser.
Une version de la délocalisation a consisté, notamment pour l’automobile, à importer massivement des travailleurs originaires d’anciennes colonies. Cette délocalisation de l’intérieur a créé un profond déséquilibre dans la société française. Plus que dans aucun autre pays d’Europe, les Français s’estimant patrie d’une civilisation universelle sans égal, ne pouvaient envisager que ces nouveaux immigrants n’adhèreraient pas à ses valeurs et ses mœurs. Si la première génération a donné le sentiment que cela allait se réaliser, il en a été tout différemment pour les suivantes.
La raison de cet échec d’intégration n’est pas la persistance d’une culture forte d’origine. Les signes de séparations que l’on constate ont été largement inventés ou réinventés par une jeunesse rebelle, par ailleurs travaillée par les agitateurs islamiques. En vérité, c’est le naufrage de la culture française qui s’est révélée incapable de proposer un avenir désirable. Ce désamour est celui d’une société dont l’élite propose pour toute perspective un modèle où les allocations et subventions sont les seules solutions pour améliorer le pouvoir d’achat, alors que le travail et l’initiative individuelle sont taxés au delà du confiscatoire.
« Les Français vivent dans un paradis, et ils sont persuadés qu’ils sont en Enfer », écrit Sylvain Tesson. C’est vite dit. Certes, la douceur de vivre du climat, de la gastronomie, des loisirs et activités culturelles ont peu de concurrents dans le monde. Mais le Paradis est le séjour des défunts. Les vivants ont besoin de perspectives, d’occasions de prouver ce qu’ils valent. Pour eux, le Paradis est par définition une terre à conquérir, et cette conquête est inséparable de la liberté économique.
A cet égard, nous dénonçons la paille dans l’œil des Américains, mais ignorons la poutre dans le notre. Aux Etat-Unis, la démocratie économique a permis l’invention, parfois dans de modestes garages, de toute l’informatique qui a changé le monde. L’Europe dépend des GAFAM pour tout. Et avec Space X, cela ne va pas changer, mais s’aggraver avec l’IA.
On tente de se consoler, en prédisant que la Chine bientôt dépassera les Etats-Unis. Mais notre dépendance aux produits chinois est dérisoire comparée à celle que les Américains nous imposent sur le plan militaire et informatique.
On peut se gausser de Trump. Il reste soumis à la démocratie américaine, ses élections et ses contrepouvoirs. On peut agiter ici la menace des extrêmes droites, mais n’est-ce pas chez nous où les Juges s’impliquent le plus directement dans le débat électoral allant jusqu’à choisir qui peut ou non présider la France, que la démocratie est mal en point ? Au fond, ce qui caractérise notre comportement n’est peut-être pas la parabole de « la paille et la poutre », mais franchement, le doigt dans l’œil.
Commentaires