La trêve des confiseurs, suivi d’Electrochoc
- André Touboul

- 28 déc. 2025
- 4 min de lecture

La trêve des confiseurs
Dans Propos de O.L. Barenton, Confiseur, Auguste Detoeuf, qui écrivait au début du siècle dernier, livre un certain nombre de sucreries à suçoter et dont un bon nombre pourraient servir de maxime à notre époque. On citera par exemple cette sentence : « Il n’y a de bonne politique que celle du juste milieu. Le difficile n’est que de savoir où il est. »
En cette période de trêve des confiseurs, qui devrait nous permettre d’oublier toutes les déconfitures que l’on subit et celles que l’on nous promet, on proposera un assortiment de réflexions de notre cru, plus ou moins acidulées.
Ce qui ne coûte rien a vocation à être gaspillé. Ainsi en va-t-il de la solidarité qui est accordée sans limite, et qui devient inévitablement gabegie. Cela est vrai autant pour celui qui en profite sans mesure que pour celui qui la dispense sans discernement. Le profiteur n’est pas nécessairement malhonnête, il peut bien être simplement inconscient. L’intendant n’a pas besoin d’être indélicat pour être infidèle, il lui suffit d’être un incapable.
Le consentement à l’impôt repose sur l’espoir que le contribuable en aura pour son argent. Quand cette croyance disparaît, une goutte d’eau peut faire déborder la vase.
L’Etat qui n’a plus d’autorité sur les malfaisants devient autoritaire avec les honnêtes gens.
Le monde continue de tourner à contresens de nos habitudes, celles que nous refusons obstinément de changer.
Au regard des aides publiques, les français sont des diabétiques qui croient que le sucre ne peut pas leur nuire, puisque il est si bon à manger.
L’anonymat et l’irresponsabilité sont les deux mamelles de l’internet. Combiner les deux permet aux réseaux sociaux de saccager toute civilisation.
Un business model fondé sur les plus bas instincts est sans doute rentable, mais seuls les imbéciles considèrent que la rentabilité est une justification suffisante à tout.
Nul ne croit aux sondeurs, mais tout le monde prend les sondages pour du vrai.
Nos politiciens refusent d’assumer les décisions difficiles, ils espèrent sourdement une catastrophe qui les sauverait.
Tout le monde politique proclame rechercher l’intérêt général, mais, à part dans les utopies, qui rêvent de pays qui n’existent pas, nul ne sait où il se trouve.
L’homme providentiel est celui qui permettra de passer d’un Etat-providence défaillant, à un autre où l’on a pas son mot à dire. Une façon de passer d’une déception à un regret.
L’utilité sociale est de nos jours un gros mot, carrément réactionnaire ou même fasciste, pourtant c’est elle, et elle seule, qui fonde la liberté individuelle.
Financer le programme de défense au détriment du modèle social de solidarité consiste à préférer jouir de sa retraite et de sa santé… vivant.
Poutine souhaitait vassaliser l’Ukraine, pour l’heure il est surtout parvenu à rendre la Russie dépendante de la Chine.
Electrochoc
Le personnel médiatique français a contracté un virus dont aucune thérapeutique ne peut le guérir, la trumpite.
Cette pathologie, car c’en est une qui se caractérise par une abolition de tout jugement objectif, impose à ceux qui en sont atteints d’agrémenter chaque commentaire où intervient le Président actuel des Etats-Unis, au minimum d’une réserve sur le style, mais le plus souvent d’une condamnation morale de principe. Ce préalable oratoire obligé serait négligeable, relevant d’un toc de langage ou de pensée, s’il ne conduisait à un aveuglement généralisé sur les causes de la politique américaine et sur la conduite à tenir pour y faire face.
Il existe une légende qui prétend que, fille de l’Europe, la démocratie américaine, aurait une affinité indéfectible avec sa civilisation qui avec la sienne formerait la civilisation occidentale. En vérité, les Etats-Unis sont peuplés d’immigrants qui ont quitté leur pays, non pas poussés par esprit de conquête, mais par les famines, les persécutions et autres calamités. Il n’en ont pas gardé la nostalgie, pas plus que celle du colonisateur britannique. Ils ne se sentent pas solidaires de l’Europe, mais au contraire ont une certaine satisfaction à la surclasser, voire l’humilier.
Une autre idée fausse serait de croire que les USA sont motivés par la défense des démocraties. De fait, la politique américaine est peu soucieuse de la qualité des régimes qu’elle soutient pour conforter ses intérêts économiques ou stratégiques.
Le parapluie de défense de l’Europe a été d’abord conçu comme une nécessité de stopper la menace soviétique, puis comme un moyen d’imposer une mondialisation de l’économie qui leur était profitable. Depuis que cette liberté économique s’est révélée contraire à l’industrie américaine et fatale à ses finances publiques, les USA ont abandonné le mythe de la mondialisation heureuse. Ils ne voient donc plus de raison d’assurer la défense de l’Europe.
Quant à l’aspect civilisationnel, les Américains voient dans les modèles sociaux européens dont le français est la quintessence, un très mauvais exemple, et la source de la décadence économique et morale du vieux continent.
Sur le plan ethnique, enfin, les Etats-Unis sont une terre d’immigrants qui ont toujours entendu se préserver des arrivants suivants et en contrôler le flux.
Pour toutes ces raisons, il est extrêmement naïf de se lamenter sur un changement de cap de la politique américaine. On serait mieux avisé de prendre conscience que le monde étant ce qu’il est et les hommes ce que nous savons, il est urgent de recentrer notre politique extérieure sur nos propres intérêts.
Quelle serait la réaction des Etats-Unis, si comme De Gaulle l’a fait à propos de la reconnaissance de la Chine communiste, la France posait la question de la nécessité de négocier le plus tôt possible le retour de Taïwan à la Chine ? Sans doute Trump invoquerait une trahison, mais avec quelle crédibilité quand c’est lui-même qui a mis fin à la fiction d’un Occident solidaire.
On ne voit pas quel intérêt la France et plus largement l’Europe peuvent avoir dans la défense de l’indépendance de Formose. Les composants électroniques ? On les achète déjà à la Chine de Pékin.
En vérité, le seul motif sensé serait de défendre la démocratie, mais cet argument est très daté « guerre froide ». L’idéologie communiste n’est plus un danger pour les démocraties européennes. La Chine ne menace que la suprématie US et ne prétend en rien étendre son régime politique.
Au fond, on sait qu’à terme la réunification de la Chine se fera, il serait sage de militer pour un réglement pacifique de celle-ci, dont le retardement fait courir un danger de conflit majeur dans le pacifique.
Et puis pourquoi le négliger, cet électrochoc pourrait faire réfléchir les Américains sur leurs véritables intérêts à long terme, qui sont ceux de s’entourer d’alliés plus que de concurrents qui deviennent vite des adversaires.
Commentaires