Le monde en bataille, la France en pagaille
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Le vase de Soissons
Ce sont les mêmes Européens qui pleurnichaient à la perspective que les Etats-Unis ne viennent pas automatiquement à leur secours, en cas d’agression russe, qui refusent un coup de main à Trump sur l’Iran. Manifestement, les gouvernants de l’Union Européenne et du Royaume-Uni ne se souviennent pas du vase de Soissons. Il est vrai que Clovis fait partie de l’histoire de France, mais il était un européen, sa langue maternelle étant un dialecte germanique.
« Ce n’est pas notre guerre ! » affirment les Européens avec un bel ensemble, en observant à juste titre que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord n’est pas applicable à l’Iran. La prétention de Clovis d’ajouter à sa part de butin un vase qu’il voulait restituer à Rémi, l’évêque de Reims, était aussi mal fondée selon les lois du partage des fruits du pillage chez les Francs. On sait ce qu’il advint à l’impudent soldat qui brisa le vase d’un coup de hache. Un an plus tard lors d’une revue au Champ de mars ainsi nommé en raison du mois où l’armée était convoquée, Clovis lui trancha le col tout net, en déclarant « Ainsi as-tu fait au vase à Soissons ! ».
Le refus de prêter mains forte aux Américains n’est pas très habile, car l’accepter n’engage à rien de concret, mais le refuser constitue un soutien de fait apporté à l’Iran,
Plus roué, E. Macron évite cette erreur, mais objecte que pour l’heure les escortes navales ne sont pas une solution praticable, et il en reste à une action défensive. C’est bien mieux que rien, et c’est un langage que Trump apprécie 8/10. Les pays qui ont refusé tout concours ont donné le sentiment qu’ils jouaient l’échec américain. Au fond, ils donnent raison au Président US qui ne les considère pas comme des alliés inconditionnels et justifie qu’en réciproque, il leur rende la pareille… le moment venu.
La maladresse des Européens est d’autant plus maladroite que le bloquage du détroit d’Ormuz concernant le monde entier par ses conséquences économiques, tous les pays industrialisés auront l’obligation de s’impliquer dans une opération de libération du détroit. Pour ceux qui n’auraient pas compris, l’extension des destructions aux sites de production gazière de part et d’autre, initiée par les Israéliens, avec le feu vert américain, en administre la preuve. Tout se tient, le découpage des conflits en tranches est une fiction pour débats casuistiques, indigne des responsables politiques.
Si demain Poutine attaque la Lettonie. On peut prévoir que Trump déclarera goguenard : « ce n’est pas ma guerre ». Ce sera son vase de Soissons. En ne mettant pas les formes pour habiller leur refus de soutien, les Etats de l’Union Européenne ont pris un risque qu’ils pourraient bien regretter. Quant à la première Ministre du Japon, pays qui est dépendant du pétrole iranien, elle s’est vue rappeler Pearl Harbour, dans un direct télévisé humiliant à la Maison Blanche.
Dans les couloirs du Kremlin, on entend le rire carnassier de Poutine dont les recettes pétrolières connaissent un bond inespéré, et qui se voit offrir l’opportunité de reprendre possession des pays baltes. Il n’a aucune urgence pour s’en emparer, mais on peut prévoir que cela se fera avant la fin du mandat de Trump. Il est aussi prévisible que ni Paris, ni Berlin ne se risqueront à aller mourrir pour Riga, Vilnius, ou Tallinn. Bon appétit Vladimir !
En Europe, on ne sait pas prononcer le nom de Trump sans l’accompagner d’une bordée d’imprécations. Comme si, l’avis de nos commentateurs avaient un quelconque effet sur le cours des évènements. On persiste à vouloir le déchiffrer selon les critères de la Vieille Europe, pour lesquels la diplomatie arrondit les angles.
Trump est translucide, à la différence de la plupart des dirigeants des Etats développés qui gardent pour eux leurs émotions, hésitations et colères, il les vit en direct, live, comme on dit là-bas. Il se donne en spectacle, car c’est, au fond, un homme de spectacle. L’ennui, c’est que le scénario n’a rien pour nous plaire.
Il est incontestable que depuis la fin de la seconde guerre mondiale l’Europe a vécu en paix, sous la protection de l’Oncle Sam et aux frais des contribuables américains. Trump vient de présenter la facture, et malgré les efforts acceptés par les Européens, ce sont toujours les Etats-Unis qui payent les violons du bal. Comment leur dénier le droit de choisir la musique ? Combien de temps les Européens pourront-ils refuser d’entrer dans la danse… ou au moins faire semblant ?
Dans le dialogue entre Trump et l’Iran, ce sont deux monologues dont l’objet est d’entretenir un brouillard stratégique.
Municipales
En France, les élections n’ont pas dissipé le brouillard politique. Le peuple a parlé. Il semble que ce soit dans une langue étrangère, car ceux à qui il s’adressait n’ont rien compris.
Evidement, à les entendre, tous les dirigeants de partis ont gagné, tel est la figure imposée des soirs de dépouillement, où cependant certains sont plus dépouillés que d’autres. Les urnes à moitié vides sont toutes à moitié pleines. La réalité est plus rude.
Il y a eu, comme souvent quand on consulte le peuple, des perdants, et des perdants.
Sur un malentendu, à la faveur d’une abstention record due à la pandémie, les Ecolos avaient pris, en 2020,plusieurs mairies de grandes villes. A Strasbourg, Bordeaux, Lyon, .Poitiers, Grenoble… les électeurs ont pu en apprécier les effets, et rectifier le tir.
La leçon vaut bien un fromage. Le Parti Socialiste a perdu partout où il s’est acoquiné avec les Insoumis de Mélenchon. Même François Hollande, désavoué dans son soutien à un maire sortant de Tulle compromis avec LFI, doit se convaincre qu’il aurait mieux fait de ne pas ouvrir son large bec, qui n’a fait que laisser tomber sa proie. Adieu les ambitions de jouer les pères nobles pour 2027 quand on n’a pas les cuisses propres.
Edouard Philippe, rescapé au Havre. Une bonne nouvelle pour lui, pas pour la Droite qui voit se maintenir une ligne perdante qui va mollissante de Giscard au premier Premier ministre de Macron en passant par Juppé.
Lionel Jospin. Singulièrement, alors que la plupart des politiques deviennent populaires après avoir quitté le pouvoir, le candidat malheureux aux présidentielles de 1995 et très malheureux de 2002, s’est retiré après cet échec dans l’indifférence générale, et il y est resté. Pourtant, à la différence des socialistes d’aujourd’hui, il était une figure d’une moralité sans faille. Enfin… en apparence, car c’est lui qui a inventé la « gauche plurielle » qui permettait à la Gauche respectable de s’acoquiner avec les staliniens, depuis remplacés par les mélenchonistes. Singulière coincidence, son décès survient quand les électeurs rejettent des combinations entre PS et LFI, présentées par le nouveau mot, comme sait le faire la gauche pour justifier l’injustifiable, « d’accords techniques ».
Pour le RN, le bilan politique est globalement négatif. Ses gains territoriaux ne sont pas à la mesure de son poids calibré à 35% de l’opinion dans les sondages. La main tendue de Bardella à la Droite sincère est restée dans le vide. Cela s’appelle prendre un vent.
A l’extrême Gauche, Mélenchon a lancé « ce pays est à nous, à vous de vous en emparer ». Étrange formulation pour le personnage le plus honni et vomi des Français. Le « nous » et le « vous », Jean Genêt en aurait fait une scène des Paravents. Il exhorte à la conquête, ceux à qui il veut livrer la France des moches blancs, la sienne, lui qui disait « la République, c’est moi ». L’immense délire maniaque du chef des LFI, appelle à la guerre civile. La réalité est que dans sa « nouvelle France », la minorité pour laquelle il oeuvre est justement minoritaire. On dit qu’il fait le nid d’un islamisme politique radical, mais, en vérité, ceux qu’ils dessert sont les racisés qu’il assigne à résidence sans autre perspective que celle d’être rejetés par la majorité du peuple, encore bien loin d’être remplacée. Mélenchon parait avoir cru au Grand remplacement prophétisé par Zemmour. Aux extrêmes, les idées se rejoignent, surtout les fausses.
A l’horizon, 2027, le brouillard loin de se dissiper s’épaissit. Le grenouillage du marécage politique, peut agacer, il n’a rien de surprenant. Ceux qui font cavalier seul comme X. Bertrand, ou Lisnard, font mine d’exister, ils ne font qu’investir pour monnayer leur ralliement, le moment venu, à un candidat sérieux. Il est une vérité incontournable, aucun candidat ne peut espérer parvenir au second tour s’il ne dispose de relais… et de soutiens financiers. Les partis politiques ont cette fonction. Pour Macron, ce fut l’élite administrative et économique qui a rempli ce rôle. La classe qui dirige de fait le pays n’ayant pas pris le parti d’un successeur, ce sera nécessairement un retour à la légitimité d’un des partis de gouvernement.
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