Le paradoxe de la pierre selon Averroès
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Les Français sont, à propos de leur bureaucratie, comme les Groenlandais en ce qui concerne la neige… résignés. Les Inuits rêvent de vertes prairies où ils pourraient faire paître leurs troupeaux librement, mais ils savent que le nom de leur pays qui signifie « la terre verte » est un vague souvenir qui n’est plus qu’un mensonge. Le bon peuple de France a placé « liberté » au premier rang de sa devise nationale, mais il sait que c’est depuis longtemps un leurre. Comme il ne peut ignorer que « l’égalité » et la « fraternité », sont des concepts abstraits, car certains membres de l’élite sont plus égaux que d’autres, et pour l‘homme de la rue, le « vivre cote à cote» est de plus en plus « un face à face ».
Aujourd’hui, même la gauche, celle de l’Institut Jean-Jaurès, évidement pas celle extrême de Terra Nova, reconnaît que l’Etat est malade de ses élites. Le mot peut être prononcé sans que le locuteur encoure l’imputation de populisme, qui est l’antichambre de l’’accusation de fascisme.
Il est vrai que l’on ne peut désormais contester l’état de décrépitude dans lequel se trouve l’Etat, incapable de prendre des mesures d’urgence de modération des taxes que prennent les autres pays d’Europe pour faire face à la flambée des prix des carburants. En Espagne, le litre de sans plomb 95 est à 1,5€, et, pour 2026, la croissance reste estimée à 2,4% plus, contre 0,9% moins en France. Voilà où a conduit, entre autres aberrations, le « quoi qu’il en coûte » brandi crânement par nos technocrates lors de la pandémie COVID, dont certains ministres Macronistes parlent encore avec des larmes dans la voix, et son inévitable inverse actuel « on a plus d’argent ».
Bercy ne peut aujourd’hui baisser les taxes (plus de 50% du prix à la pompe), car la baisse de la consommation de carburant va diminuer les recettes, mais comme la diminution de la consommation est due au niveau élevé des prix, l’argument s’effondre piteusement. La crédibilité de nos experts financiers rejoint celle des pontes sanitaires sur la question des masques... incompétence et mensonge sont les deux mamelles de l’Etat.
Cette impuissance est, certes, à mettre au débit d’un Président incohérent, mais à juste titre, la critique de l’opinion n’épargne pas l’élite d’État qui est à la manœuvre depuis des décennies.
Dont acte. Le réel a enfin terrassé le déni. Cependant, une fois le problème identifié, les solutions proposées sont toujours d’améliorer les ressources humaines au service de la haute fonction publique, jamais d’en traiter la cause. Le mal profond, qui réside dans la nature même de l’Etat dans la Vème République, n’est jamais abordé.
L’Etat a la haute Administration qu’il désire. Ce sont les missions qui créent l’organe, même si en retour l’organe influence l’ampleur des moyens.
Si l’Etat occupait en France seulement la place que nécessite la seule exécution des services publics spécifiques, il n’aurait pas aimanté la fine fleur des générations successives, polarisé les intelligences, créé une voie royale de la réussite sociale. On parle souvent de la masse d’agents publics, mais il y a aussi un problème de qualité dont est privée l’économie.
Avoir l’Administration la meilleure du monde, voilà un beau projet s’il ne se réalise aux dépens des secteurs productifs de la nation, et si l’aboutissement de celui-ci ne finit pas dans la constitution d’une caste élitiste qui se protège au détriment de l’efficacité.
Les forces vives d’un Etat ne sont pas illimitées ; au delà d’une certaine domination d’un groupe, l’excellence de celui-ci truste les talents et affame les autres fonctions sociales, et quand il s’agit de l’Etat, ce sont celles de l’économie et de la vie intellectuelle qui en pâtissent.
De plus, trop de talents tue le talent. De par le pouvoir acquis au mérite scolaire, l’élite dispose de la faculté de se protéger et d’annuler toute responsabilité de ses membres. Ainsi elle devient incompétente et toxique.
Ce ne sont pas les prébendes et privilèges qui condamnent la haute fonction publique, mais le fait qu’elle est devenue incapable d’assurer les tâches les plus basiques de la puissance publique. Justice, police, santé, sécurité, éducation… ce que l’on appelle le régalien parce que le Roi dans la République reste la référence de l’Etat, pour ce qui est nécessairement collectif.
Le système de l’Etat omnipotent et polyvalent, s’est imposé en France comme une sorte de garantie contre le collectivisme absolu du Communisme, et il a été confirmé dans la théorie gaullienne de l’Etat fort. Le régime français était après la seconde guerre mondiale celui d’une « économie dirigée ». Ce juste milieu paraissant acceptable à de Gaulle pour qui le politique devait montrer la voie que, selon sa formule « l’intendance suivra ».
Il en est résulté un collectivisme modéré dans lequel l’Administration prenant le pas sur l’entreprise, elle a augmenté la sphère publique, par un effet boulle de neige. Ainsi l’impôt est devenu une discipline olympienne, qui a débordé sur toute une collection de prélèvements obligatoires. L’habileté des personnels consacrés à ces fonctions n’a pas été pour rien dans cette croissance exponentielle.
La redistribution n’a pas été la motivation de la fiscalité délirante, mais sa conséquence. Disposant de la faculté de lever l’impôt, l’élite d’Etat a eu tendance à tout régler par l’allocation aux plus défavorisés et la subvention aux entreprises et associations, le plus souvent d’inutilité publique.
Le système a dérapé quand la population habituée à l’assistanat et détournée de l’effort, en demandant toujours plus, et en obtenant encore plus des élus, les prélèvements obligatoires sont devenus insuffisants, les déficits publics ont cru, et la dette publique est devenue incontrôlable.
L’origine de la dégringolade du pays réside non dans son élite mais dans son régime idéologique dont celle-ci est la conséquence et la servante.
Il ne s’agit pas seulement de l’Etat-providence dont le modèle a été appliqué dans de nombreux pays sans emporter les mêmes désordres, mais d’un Etat omnipotent, détenteur de l’intérêt général.
L’Etat-providence est protecteur, il n’est pas nécessairement nourricier, ni ennemi de la liberté. Il joue le rôle d’une assurance, mais ne se substitue pas aux agents économiques.
L’Etat omnipotent n’est pas totalitaire quand il accorde des libertés sociétales et observe un formalisme démocratique qui donne aux citoyens l’illusion qu’il est maître de son destin. Cette liberté politique est un leurre, quand l’élite d’Etat s’emploie à déconsidérer les élus. Leur probité, leur compétence ont été mises en cause et le sont encore, de sorte que le vote n’apparaît plus comme un élément décisoire de la vie de la nation. La souveraineté a été rognée par les instituions européennes vantées comme niveau pertinent de toute politique. Les scrutins électoraux ont conduit à des politiques bonnet-blanc et blanc-bonnet, malgré une apparence d’alternance. Ils sont devenus des choix impossibles entre des extrêmes présentés, pour certains à juste titre, comme l’abomination de la désolation.
Il ne reste aujourd’hui à l’issue de la décennie Marcon qu’un catalogue de « libertés individuelles », pour certaines constitutionnalisées alors qu’elles ne suscitaient comme l’IVG, aucune contestation, ou très contestables, telle l’aide à mourir, qui correspond à plus de réserves que d’aspirations, sans parler des zones à faible émissions qui à l’heure de l’inclusion pour tous excluent toute une catégorie sociale juste polluante.
Du libéralisme économique, il ne reste que l’aspect négatif, voire destructeur de la mondialisation.
Le paradoxe de l’Etat omnipotent est qu’il est devenu impuissant.
Une des versions du paradoxe de la toute-puissance, dite « paradoxe de la pierre », l'exprime de la façon suivante : « Un être tout-puissant pourrait-il créer une pierre si lourde qu'il ne puisse pas lui-même la porter ? ». S'il le peut, il cesserait d'être tout-puissant ; s'il ne le peut pas, c'est qu'il n'est pas tout-puissant. Ce paradoxe a intéressé Averroès, philosophe alomoravide né à Cordoue au 12ème siècle. A cet exemple répond le fait que l’Etat français omnipotent a créé une dette qu’il ne peut plus porter, et il est lui-même devenu si gros qu’il ne peut plus se tenir debout.
La solution théorique du paradoxe de la pierre est que l’être tout-puissant, décide de limiter sa propre puissance. A ce prix, il peut conserver son omnipotence.
L’Etat français a créé une pierre si lourde qu’il ne parvient pas à la soulever. Il est dans la position du titan Atlas écrasé par le poids du monde.
Cet Etat tout-puissant ne peut échapper à l’impuissance totale qu’en se réformant, c’est-à-dire en limitant son omniprésence. Il pourrait décider de le faire volontairement, préservant ainsi le principe de son omnipotence. Mais cela, on voit bien qu’il ne le peut pas, puisqu’il est incarné par un personnel qui s’y oppose, et n’y consentira jamais.
Face à cette impasse, le peuple français n’a d’autre choix que le chamboule-tout. Une révolution idéologique qui lui rende sa liberté économique.
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