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Le point oméga

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 30 nov. 2025
  • 4 min de lecture

La liste des reproches que l’opinion adresse à Emmanuel Macron est longue. Elle commence inévitablement avec la dissolution de 2024 dont il semble que le rappel automatique dispense d’examiner plus avant les causes des maux que la France doit endurer.


Il y a aussi la morgue qui exaspère de la part d’un Président qui se veut intelligent, mais a l’intellect aussi sec et dépourvu d’affect qu’une volée de bois vert.


On lui reproche, bien entendu, d’avoir laissé filer les déficits, donc la dette, et même d’en avoir fait une maxime « le quoiqu’il en coûte ». Devenu inaudible, on le voit prétendre régenter les réseaux sociaux et dernièrement labéliser l’information en distinguant la fiable et l’autre. Cette prétention trumpienne est insupportable aux citoyens que l’on prend pour des benêts incapables de sens critique, et qui reçoivent ce délire présidentiel comme une preuve ultime du déni de réalité d’un pouvoir à l’agonie. Même dans son propre camp, le Chef de l’Etat trouve des candidats pour lui administrer l’extrême onction.


On surprendra, peut-être, mais tous ces griefs ne sont rien au regard de l’insulte à l’avenir que constitue l’abdication d’Emmanuel Macron face à la bureaucratie qu’il disait vouloir combattre, mais à laquelle il s’est soumis.


Entre les Français et leur Administration, ce n’est pas encore le divorce, mais le désamour.


A force de grossir, la fonction publique a atteint le point oméga, celui à partir duquel un organisme est soumis à une loi biologique qui le pousse à croître pour lui-même, au détriment de sa finalité originelle, jusqu’à considérer que tout ce qui lui est extérieur est un obstacle à sa propre existence et à son développement. Ainsi, introverti, il n’a plus besoin de mission pour prospérer, et, inévitablement, continuant à croître, il en vient à détruire l’environnement qu’il a été créé pour servir.


C’est ce phénomène qui explique qu’avec toujours plus de fonctionnaires, 200.000 de plus sous Macron, qui avait promis de diminuer les effectifs de 120.000, il faut constater que le nombre d’agents publics est devenu hors de contrôle.


Quand on sait que chaque fonctionnaire embauché  constitue, en moyenne, un engagement irréversible de 4 millions d’euros, la dérive observée durant les mandats de l’actuel Président représentent 800 milliards d’euros qu’il faudra payer en plus du milliard et demi de la dette Macron. Certes, ce montant s’étalera sur cinquante ans, mais, en linéaire, il représente déjà 16 milliards de plus par an.


En 1980, l’INSEE comptait 3,9 millions de fonctionnaires. Aujourd’hui les agents publics sont 5,9 millions. Ces deux millions en plus qui représentent un montant d’engagement faramineux de 8.000 milliards supplémentaires, étaient-ils nécessaires, ou simplement utiles ? La réponse à la première question comme à la seconde est la même. C’est non !


En 1980, quand Macron était âgé de 3 ans, il y avait 55 millions de Français, en 2024 nous étions 68,4 millions, soit une augmentation de 24% , mais sur la même période  le nombre d’agents publics augmentait de 48,7 %. A l’évidence, cette surcharge n’était pas nécessaire, car la France n’était pas sous-administrée.


Depuis un demi-siècle, on a multiplié les méthodes pour augmenter le nombre des fonctionnaires. De la décentralisation, conduisant au millefeuille administratif, en passant par le transfert des compétences de l’Etat aux collectivités entraînant des doublons, ainsi que les nationalisations suivies de dénationalisations, jusqu’à l’idée qu’engager des agents publics pouvait réduire le chômage, on a tout essayé. Et l’on a bien réussi à faire grossir l’Administration, laquelle a mis en place ce quelle savait faire : le France du guichet, et elle a fait des Français des allocataires. Afin de justifier son action l’Administration accrédite l’idée qu’il convient de combattre les inégalités, alors que la France est championne du monde de la redistribution.


Or, le pays n’est pas mieux  administré qu’il y a cinquante ans, bien au contraire, les services publics n’ont jamais été aussi déficients. Par ailleurs, la puissance publique n’a jamais été aussi impuissante, qu’il s’agisse de sécurité, de maîtrise des flux migratoires, ou de lutte contre le narcotrafic.


Cette politique du pléthorique est ainsi nuisible.


L’Administration ne fait pas exprès de mal exécuter ses missions ; elle se marche sur les pieds ou se les prend dans le tapis. L’obèse ne sabote pas volontairement ses performances sportives, et ce n’est pas par malveillance qu’il vit aux crochets de son entourage. C’est son appétit boulimique qui le prive d’efficacité et en fait un fardeau. Le lard appelle la graisse, et toutes sortes de maladies dues au surpoids. Cela n’empêche pas les tenants du tout-Etat de prétendre que ses effectifs sont à l’os. Il ne faut pas être surpris que cette fringale gargantuesque conduise le corps social à se dévorer lui-même. Par l’impôt ou par l’emprunt, l’État cannibalise ses propres ressources.


On s’illusionnerait en tablant sur l’IA pour sortir de ce piège. Face au défi de l’intelligence artificielle qui va rendre inutiles plus de deux millions et demi d’agents publics, l’Administration qui ne peut pratiquer de plans sociaux comme l’a fait le secteur bancaire, n’aura pas d’autre choix que de complexifier pour justifier son existence.


La France est un pays fertile : plantez des fonctionnaires et il pousse des normes, qui pour être appliquées exigent plus de fonctionnaires.


Tous les Premiers Ministres ont promis la simplification, l’abrogation de normes, mais l’Administration qui a dépassé le point oméga n’en perçoit que les inconvénients et elle fait de cette perspective une menace existentielle. La vraie révolution qui affranchirait le peuple français de la fatalité de la ruine serait celle qu’il mènerait contre sa propre Administration. Non en la supprimant, mais en abolissant ses privilèges, dont le premier est la garantie d’une rémunération à vie.

 
 
 

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