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Le principe de nécessité

  • il y a 21 heures
  • 4 min de lecture


Le principe de nécessité correspond à la conception qu'une solution ne cherchera à s'appliquer que si aucune autre ne peut être trouvée, c’est un pis aller, mais en politique on ne peut exclure qu’il peut aussi s’agir de la bonne conduite.


Ce que les Français souhaitent ce n’est pas un départage entre des candidats dont aucun des programmes ne les convainc, mais un rapprochement des points de vue par une coalition qui établirait un programme commun. Celui-ci serait forcément nettement à droite. En effet, tout indique que le temps de la droite molle, complexée et de fait à gauche est révolu. Quand on dit que la France est de plus en plus à droite, on ne signifie rien d’autre que ce sont les solutions de droite, pragmatiques et réalistes qui leur parlent. Celles-ci paraissent répondre aux défis d’aujourd’hui, ce que ne font pas les utopies collectivistes et idéologiques auxquelles même  les démocrates sociaux, dont Attal est le dernier représentant, semblent avoir renoncé.


Seule cette plateforme aurait un pouvoir de mobilisation, avec l’assurance que chacun y trouvant son avantage, le candidat choisi pour porter les couleurs de tous ne serait pas l’objet de torpillage. En somme, « un pour tous, tous pour un », ne peut opérer que sur le fondement d’un programme.


La culture de coalition n’est pas dans la tradition française, peut-on objecter. Mais, on a connu une exception notable qui est celle de 1981 avec le Programme Commun de la gauche. On doit aussi rappeler que la notion d’union de la gauche s’est ensuite souvent concrétisée par des accords électoraux habillés en accord sur un ensemble de mesures.


A droite, durant le septennat de Giscard, celui-ci n’ayant pas dissout l’Assemblée lors de son élection, gouverna d’abord avec une coalition RI-UDR, puis UDF- RPR.  Les Gaullistes n’ayant pas de majorité, ils furent contraints d’accepter un primat du Président. Cette alliance, il est vrai, n’avait rien de solide car non programmatique, et c’est cette fragilité qui a favorisé la victoire de la Gauche unie en 1981. Plus généralement, à droite on préfère la compétition à la négociation. Loin de constituer une preuve de combativité, c’est une solution de paresse car il est plus facile de camper sur ses positions que de se plier à un travail difficile de négociation.


Pour plaider contre un accord de gouvernement, On peut aussi dire que les pouvoirs du Président dans la Vème République sont tels qu’il peut une fois élu s’affranchir des engagements pris avec ses alliés. L’exemple du premier septennat de Mitterrand a montré que le Programme commun n’a pas longtemps contraint le Président.


Cette coalition de 81 avait cependant une particularité, elle était dominée par le Parti Socialiste, à lui-seul majoritaire. Or aucune des lignes susceptibles de passer un accord de gouvernement n’est actuellement prépondérante, et une rupture de contrat placerait le Président élu dans une situation identique à celle actuelle d’Emmanuel Macron.


Aujourd’hui, il est évident qu’aucun des candidats n’a une stature lui permettant de transcender les partis. Cette circonstance ne milite pas pour le système de la primaire car elle n’est que la résultante d’une absence de domination d’une des formations du « socle commun », qui n’a de commun que le nom.


La solution de cette équation réside d’ailleurs dans cet élément. Pour garantir le respect du programme de coalition, il serait suffisant que le parti du candidat unique désigné par la coalition, accepte de laisser le ou les autres disposer d’un avantage pour les législatives qui suivraient en toute logique les présidentielles.


Cet équilibre recherché et non subi entre le Président et l’Assemblée Nationale serait une évolution de la pratique de la Vème République. Mais il est temps de l’admettre , la désignation du Président relève plus du hasard que de l’évidence. Les Français sont fondés à penser que le jeu politique, qui devrait être celui de la rationnalité des choix, est une partie de colin-maillard, où des aveugles doivent désigner des sourds pour les représenter. On peut alors comprendre leur réticence à signer à quiconque un chèque en blanc.


Aucun candidat désigné par une primaire n’a été élu Président à la seule exception de François Hollande, le Président normal, qui a reconnu s’être glissé dans un trou de souris, mais a bénéficié de l’élan d’une « primaire ouverte » où il suffisait de verser 1€ par tour de scrutin et de déclarer adhérer aux valeurs de gauche. Au premier tour 2,6 millions de votants, et 2,8 au second. Tous les autres lauréats de primaires ont échoué, parfois tragiquement.


Plus généralement la primaire est une machine à perdre. Elle exacerbe les tensions au sein d’une même famille ou sensibilité, et ne parvient jamais à réaliser des choix véritables de ligne politique. Bref elle n’additionne pas, elle divise.


La présentation d’un candidat de programme commun aurait certes l’inconvénient de forcer les parties prenantes à mettre sur la table les éléments de leur programme négocié. Mais cet exercice de vérité est le seul qui soit susceptible de créer un mouvement d’adhésion sans lequel la défaite face à Marine Le  Pen est courue d’avance. Dans le cas de candidatures multiples, c’est même Mélenchon qui pourrait les battre.


Mais la candidature unique n’est pas une garantie. Le candidat désigné par une primaire ne portant qu’une version de l’alternative de droite classique et du centre, il n’aurait comme argument pour rallier les sympathisants des adversaires qu’il aurait surclassés que celui de faire barrage à l’extrême droite, dont François Hollande lui-même reconnaît qu’il n’est pas mobilisateur. Il l’est beaucoup moins que celui du rejet de la continuation du macronisme, et ne pourrait convaincre les partisans de l’union des droites LR et RN, que rejettent les dirigeants des partis, mais souhaitée par un nombre non négligeable d’électeurs de droite.


En 1981, François Mitterrand et Georges Marchais furent candidats au premier tour, et le premier obtient deux fois plus de voix que le second. Aujourd’hui, si la droite et le centre ont chacun leur candidat, aucun d’eux ne figurera au second tour, en raison du poids de l’extrême gauche. Ils n’ont donc pas le choix, ce sera soit la primaire avec les inconvénients que l’on a vu, soit un programme commun.


Les candidats s’ingénient à souligner pour l’heure leurs différences. On doit espérer que la raison les poussera à rechercher leurs point de convergence. Le débat organisé par le MEDEF a montré qu’ils existaient plus que les intéressés n’auraient voulu le montrer. Alors, Messieurs au travail, car le temps presse, une coalition crédible ne se sort pas du chapeau au dernier moment. On doit la négocier et prendre le temps de l’expliquer.




 
 
 

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