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Les contrefacteurs

  • il y a 10 minutes
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Notre époque est formidable ! Elle est celle des faussaires dont la coupable activité commence par le vocabulaire.


On connait le sort des mots qui ont tourné casaque, comme « formidable » dont l’étymologie est celle de la peur, et signifie « qui suscite la crainte ou l’effroi », et serait par antinomie ou quelque autre magie  devenu un synonyme de « très désirable ».


Mais il y a plus grave que cette coquetterie de langue. Ce sont les vocables de la fausse monnaie. On savait que « démocratie » pouvait désigner un régime politique « formidable », mais dans les deux sens opposés. Affublée de « populaire » elle représentait tout ce que pouvait avoir de glaçant le régime des pays dits de l’Est sous la domination de la Russie soviétique.


Aujourd’hui la démocratie est une auberge espagnole où chacun met ce qui lui convient. Elle est représentative ou directe, selon qu’elle est la règle définie par la majorité ou par des minorités agissantes et vagissantes. Ce ne sont pas là deux nuances de la démocratie : la seconde contredit radicalement la première. Là où nait la falsification, c’est quand le terme « démocratie » convoque une émotion positive liée à sa signification première de régime de liberté, pour désigner un tout autre système politique.


En démocratie réelle, la liberté est assurée par une formalisme qui garantit l’alternance, elle consiste substantiellement en l’égalité des voix dans un scrutin universel majoritaire, et tend à une résolution pacifique des conflits. Ce régime suppose formellement, pour qu’existe une alternance, une vraie liberté de choix, donc une information libre et une vraie liberté d’expression. Il modère la règle majoritaire par un Etat de droit portant sur les grands principes humains universels, et le respect des minorités pour ne pas nier l’égalité et la liberté de chacun au delà du nécessaire. Sa dynamique, vouée à la résolution non-violente des divergences de points de vue, est en cohésion avec sa forme libérale et sa substance égalitaire.


Ces éléments doivent exister ensemble et converger. Faute de quoi, il ne s’agit plus de démocratie, mais d’un tout autre système.


Cette définition non équivoque n’empêche pas certains de déclarer « non démocratique » tout fait ou action qui leur déplaisent, ou de sacraliser en la qualifiant de « démocratique » une pratique qui convient à leur projet politique de prise du pouvoir. On va ainsi dire « démocratiques » les revendications de minorités pour modifier la loi commune, comme par exemple imposer un menu religieux dans les cantines scolaires.


On falsifie aussi aujourd’hui la belle idée de liberté individuelle qui va jusqu’à qualifier ainsi une pratique vestimentaire dont le sens est une soumission de la femme, non à Dieu ce qui pourrait se comprendre, mais à l’homme en violation du principe d’égalité. C’est aussi une contrefaçon d’un acte religieux, au sens où la religion est un rapport au divin, ce que la soumission du sexe faible au fort ne réalise pas.


Les contrefacteurs qui se disent anti-racistes en assignant chacun à résidence dans une race, anti-fascistes en fascisant tout ce qui n’est pas eux, anti-capitalistes en voulant s’emparer du capital des autres, tous ces « braves gens » détournent le sens des mots qu’ils s’approprient et retournent comme des chaussettes sales à leurs pieds fourchus.


À la différence de l’anti-phrase qui consiste à les qualifier de « braves gens » pour souligner leur malignité, leur fausse monnaie est tromperie qui trahit le sens des mots.


Ils parlent de liberté pour mieux la confisquer. Ils louent la démocratie pour instaurer un régime dictatorial qui ne serait même pas la dictature du prolétariat qui n’existe plus dans notre pays, mais des minorités agissantes qu’ils dupent et manipulent.


Faux monnayeur en chef, le nauséabond Mélenchon, déclare qu’il veut annuler la dette publique. Sans le dire, il pense aux emprunts russes que l’URSS refusa d’honorer. Cela illustre bien le régime auquel il aspire en ayant le culot de le nommer « démocratie ».


Cette dérive lexicale est destinée à dissimuler une révolution sémantique. Elle a pour tâche de nous emmener vers une autre société en usant de nos affects positifs appliqués à contre-emploi.


On dit que ceux qui veulent détruire notre civilisation utilisent ses grands principes en les retournant contre elle. Mais de fait, c’est en les falsifiant. La méthode est simple. D’abord, ils vident les mots de leur sens, en critiquant leur acception commune. Une fois évidés, ils leur donnent un tout autre sens, mais en les investissant de la valeur positive ou négative qui étaient les leurs.


Il nous semble que les débats politiques sont des dialogues de sourds, mais cela tient au fait que les mots sont minés, et que leur emploi n’a le même contenu ni pour les interlocuteurs entre eux, ni pour leurs auditeurs.


Comment contredire celui qui invoque la démocratie, même si « sa démocratie » n’en est pas une, sans s’épuiser en un débat linguistique préalable. Cependant, une fois que vous avez accepté le faux billet, la partie est jouée, vous avez perdu la mise.


Il y a bien pire  pour débattre que ceux qui parlent une langue étrangère, ce sont ceux qui dénaturent les mots de votre langue.


Cette faculté de contrefaire un vocabulaire n’est pas venue de nulle part. Elle a pour origine un courant de pensée qui confère aux mots une fonction de politique sociale.


Quand on ne parle plus des « handicapés », mais de « personnes en situation de handicap », ce qu’aucun handicapé ne dit pour lui-même, on vide de sens une réalité vécue pour suggérer que cela ne tient qu’à la situation que la société leur réserve.


Dans l’affaire Bruel, on désigne avant tout jugement comme « victimes » les plaignantes d’un abus sexuel ou d’un viol. Sans doute le nombre des plaintes y est pour beaucoup, mais n’est-il pas à la mesure des manifestations enflammées de meutes d’adolescentes qui hurlaient « Patrick! » à s’en casser la voix, il y a quelques années. Quoi qu’il en soit, glisser de « plaignantes » à « victimes » est une prise de position implicite pour lutter contre une écoute insuffisante des femmes battues ou abusées. Le fait que la cause soit légitime n’empêche pas qu’il s’agit d’un détournement de langage.


Appliquer le terme « génocide » à toutes les guerres où il y a des victimes civiles est une euphémisation du crime contre l’humanité dont les arrières pensées négationnistes de la Shoah sont transparentes. Néanmoins le travail de mobilisation émotionnelle se produit.


Il ne s’agit pas seulement pour les trois exemples ci-dessus d’un mouvement de victimisation que l’on pourrait aussi appliquer à toutes les minorités ethniques, mais d’une démarche dialectique fondée sur le binôme opprimé/oppresseur, qui réveille un réflexe de pensée familier, et se trouve ainsi légitimé.


Cette politisation du vocabulaire satisfait ceux qui disent que tout est politique, mais elle déplace le sens des mots en les pliant à un objectif particulier qui est dissimulé. Quand un discours avance travesti, ce peut être pour notre bien, mais comme les poissons volants, ce n’est pas la majorité du genre.


Ce que nous devrions exiger de nos politiciens et du petit monde médiatique, c’est d’abord qu’ils nous parlent en français clair. Car l’entreprise des faux-monnayeurs a pour objectif de ruiner le sens critique et priver les esprits de leur faculté de jugement.


Sur les billets de 20 et 100 francs Debussy/Delacroix des années 1980, on lisait :


« L’ARTICLE 139 DU CODE PÉNAL PUNIT DE LA RÉCLUSION CRIMINELLE À PERPÉTUITÉ CEUX QUI AURONT CONTREFAIT OU FALSIFIÉ LES BILLETS DE BANQUE AUTORISÉS PAR LA LOI, AINSI QUE CEUX QUI AURONT FAIT USAGE DE CES BILLETS CONTREFAITS OU FALSIFIÉS. CEUX QUI LES AURONT INTRODUITS EN FRANCE SERONT PUNIS DE LA MÊME PEINE. »


Nos contrefacteurs qui impriment des mots falsifiés et leurs dupes qui les font circuler devraient y réfléchir.




 
 
 

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