Les pleins pouvoirs pour conjurer les impossibles, c’est vous qui voyez…
- André Touboul

- 19 août 2025
- 4 min de lecture

« Il y en a qui ont essayé, ils ont eu des ennuis… », descendre à Pau d’un avion qui y passe sans y atterrir. Il ne s’agit pas du gouvernement Bayrou, mais du sketch de Chevalier et Laspalès quand l’absurde prend le pouvoir, et où l’on ne peut qu’en sourire, il est vrai un peu jaune.
La simple logique de cette version de l’impossible qui, disait-on jadis, n’est pas français mais l’est devenu, est une prise de conscience de ce que la réalité, c’est quand on se cogne.
Cette réalité, il est temps d’en prendre la mesure, car la douce France tourne à l’aigre.
Il est inutile d’énumérer tout ce qui ne va pas, ce qui se délite et ce qui pourrit. En effet, même ceux qui entendent le constat et reconnaissent le péril sont immédiatement frappés d’amnésie et se réfugient dans l’idée que le mal les épargnera. Ils savent que c’est une illusion, mais ils persistent dans le déni. D’autres, avouons-le, se félicitent de l’effondrement d’une France qu’ils déclarent périmée et haïssable. Nous avons les noms.
Cette conscience de nos maux n’est rien face à l’immense désarroi qui prend quand, on voit que les mesures qui pourraient les atténuer sont toutes réputées impossibles.
Le plus étrange des temps présents est que c’est le peuple qui sent ce qu’il faudrait faire, et non plus les dirigeants de plus en plus factices dont c’est pourtant la fonction, ou les partis politiques de pacotille, qui par calcul ou idéologie se réfugient dans le confort de l’impuissance. Hors de contrôle, est la sentence qui s’applique à tous les domaines : le financier qui dérape, l’immigration devenue folle, la sécurité qui recule, la santé qui vacille…
L’impuissance est devenue, en France, un mode de vie. Les différents pouvoirs s’emploient non pas à s’équilibrer, mais à se neutraliser. L’Exécutif est mis en échec par l’Assemblée Nationale, et le Juridictionnel contrecarre l’un et l’autre. Quant aux médias, ils entretiennent une suspicion aigre à l’égard de tous les autres pouvoirs, sans pour autant gagner en crédibilité.
Cette impossibilité d’agir généralisée est, selon les leçons de l’Histoire, le prélude au recours ultime que l’on nomme les « pleins pouvoirs ».
On en est convaincu. Il faudra bien en passer par là. Confier à une personnalité providentielle le droit de décider ce que nul n’a le courage ou la volonté de faire, bien qu’il n’y ait aucun doute réel pour une majorité de Français sur les mesures à prendre.
Là est le défi. Passer de l’impuissance aux pleins pouvoirs.
Les derniers à se mobiliser pour remédier à cette situation aussi inextricable que catastrophique sont ceux qui y ont conduit le pays et continuent à en profiter. L’expérience Macron leur a servi de leçon. Issu de leurs rangs, ils l’on promu, il les a trahis. Désormais, ils ne se mouilleront pour personne. Comme à leur habitude, ils pensent d’abord à se protéger de la colère qui monte.
La fureur populaire est aveugle. Notre méritocratie sait la canaliser. Elle proclame que tout irait bien, si l’Etat avait plus d’argent. Elle désigne les « riches » à haïr. Cette stratégie est efficace. Elle a, jusqu’ici, trouvé assez de naïfs pour croire que l’on allait indéfiniment prendre de l’argent aux milliardaires pour le distribuer aux nécessiteux. En fait, il n’y a pas assez de Gatsby magnifiques en France à mettre à contribution, de sorte que l’impôt ne rapporte vraiment que s’il s’applique à la classe moyenne. Ainsi, les Français ont vu les prélèvements obligatoires atteindre des sommets alors que leur économie périclitait. Un tragique croisement des courbes.
Les jocrisses des médias lèvent les yeux au ciel en déclarant : c’est ainsi, les Français ont l’obsession de l’égalité. Certains ajoutent même qu’ils la préfèrent à la liberté. Voilà la marchandise emballée. On n’y peut rien, circulez, il n’y a rien à y voir, rien à y faire. Mais n’oubliez pas de passer à la caisse !
Déconstruire l’élite, voilà une proposition qui suscite une question : la remplacer par qui ? Il n’existe pas d’élite de substitution. Là aussi, c’est l’impossible qui fait loi.
Dans les périodes tragiques, il a toujours un individu qui ose ramasser le pouvoir qui traine dans le caniveau, et déclare que, seul, il peut changer la donne.
Au fond, c’est bien la martingale des pleins pouvoirs qui, comme elle fut utilisée pour De Gaulle en 1958, afin de redresser la France, semble être la seule issue. Mais à qui les confier ? Pour mémoire, la loi du 10 juillet 1940 conféra les pleins pouvoirs à Philippe Pétain. « C’est vous qui voyez », prévient Laspalès.
Le trombinoscope des prétendants d’aujourd’hui est affligeant, et parfois inquiétant.
Pour les uns, il est évident qu’ils sont dangereux, et l’on peut craindre qu’ils mèneraient le pays là où il ne veut surtout pas aller. Les autres, dit-on, n’ont pas la carrure.
Mais c’est une façon erronée de poser le problème. Au lieu d’espérer la venue d’une personnalité charismatique et providentielle, qui s’impose par l’évidence de sa politique, peut-être faut-il, procéder par élimination.
D’abord exclure ceux que l’on soupçonne de refuser de rendre le pouvoir, une fois en place. Ensuite, éliminer ceux qui sont les clones de cette belle élite qui a failli. Enfin, écarter les francs-tireurs qui ne sont là que pour la figuration.
Quand on se livre à cet exercice, on voit qu’il y a a peu de candidats aptes à se voir investis des pleins pouvoirs, dont ils feront un usage salvateur pour le pays, et le laisseront ensuite revenir à une pratique démocratique.
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