Plié le match ? Allons-donc ! … sur un malentendu
- André Touboul

- 13 déc. 2025
- 3 min de lecture

A en croire les sondages, Bardella terrasserait tous ses adversaires si l’élection présidentielle avait lieu ces jours-ci.
L’avantage stratégique du candidat RN est qu’il ne souffre pas d’avoir un passif, alors que tous ses concurrents en ont un et ne peuvent se targuer d’aucun bilan positif.
Côté actif, il a l’avantage de la permanence de son parti sur des thèmes devenus centraux que sont l’insécurité, l’immigration et l’identité culturelle. Les autres partis sont peu crédibles à cet égard, car ils ont jusqu’ici interdit de débattre de ces questions, ou se sont autocensurés.
Certes, le programme économique du RN est délirant, mais pas plus que ceux des autres partis d’opposition. On sait que les promesses articulées pour obtenir des votes n’ont plus cours quand on parvient aux commandes. Dans ce cas, le réalisme s’impose, à une exception près, celle des partis idéologues, essentiellement de gauche, qui sont prêts à détruire l’économie pour satisfaire leur dogme. Ce qui caractérise le positionnement du RN en économie est le flou. Le pouvoir d’achat qu’il brandit est un étendard sans consistance, car il ne se décrète pas, dès lors que dans le même temps on s’interdit de distribuer des allocations, que l’on ne veut pas augmenter les impôts, et que l’on prétend maitriser les déficits publics par une baisse des dépenses.
Celui qui aura fait le plus pour faire monter le RN est Mélenchon, qui a endossé la détestation qui était celle réservée à Jean-Marie Le Pen, comme lui un tribun nauséabond.
L’état de l’opinion est aujourd’hui fixé, mais…
Mais l’élection présidentielle n’aura pas lieu dans les jours prochains, et le plafond de verre qui n’existe plus pour Bardella, pourrait revenir si la candidate est Marine Le Pen, ce qui, paradoxalement, est le meilleur espoir que ce soit pour la gauche ou la droite.
S’il est candidat, pour Bardella, il y aura aussi une campagne, et il existe un double handicap jouant contre lui : son âge tendre et son inexpérience. On lui demandera de se prononcer sur tout et le reste. De la légalisation de la drogue jusqu’à la prostitution, en passant par le voile… par exemple. On voudra savoir ce qu’il en pense… alors qu’il n’en sait probablement rien lui-même.
Après Macron qui fut le plus jeune Président de la France, et le retour d’expérience de ses deux mandats dont le second est calamiteux, il y aura une grande réticence à confier les rênes du pouvoir à un plus jeune encore. On ne manquera pas aussi d’objecter qu’il ne serait pas raisonnable de lui confier le bouton nucléaire, car on ne sait finalement rien de lui.
Les dés sont jetés, mais n’ont pas fini de rouler. Tout dépendra de la prestation du jeune homme pendant la campagne, et peut-être aussi de celles de ses compétiteurs, sans oublier que comme toujours l’élection présidentielle se décidera sur un malentendu.
Sur un malentendu
Dans la Vème République, plus que dans toutes autres, les désignations présidentielles se sont faites sur un malentendu, ou par défaut.
De Gaulle revient au pouvoir en déclarant aux Pieds noirs : « je vous ai compris », on a vu la suite. En 1965, c’est le défaut de concurrence crédible qui assura son élection.
Pompidou était le continuateur du Général, il a enterré la plupart de ses vues d’avenir : la participation, le refus d’entrée de la Grande Bretagne dans l’Union européenne, la politique de grandeur…
Giscard était l’espoir de la droite contre la nouvelle société de Chaban, il était en fait le champion de la France bureaucratique.
Mitterrand était la promesse de nouvelles libertés, il installa l’étatisme et la gauche caviar. Mitterand II fut reconduit plus par désaveu de la droite que par adhésion.
Celui-ci parti, Chirac, brandissait un étendard de droite, il a immédiatement passé la main à la gauche, entériné les trente cinq heures, inscrit le principe de précaution dans la constitution, fait entériner le quinquennat.
Sarkozy promettait de régler les questions de racailles dans les quartiers, son Kärcher a fait pschitt. Et ce sont les cailleras qui ont gagné.
Hollande déclarait que son ennemi était la finance et promettait un taux d’IRPP de 75%, mais il se moquait des « sans dents », et il a vite retourné sa veste.
Macron était le Mozart de l’économie, il va léguer 1500 millards de dettes supplémentaires. Macron II a profité de l’émoi de l’agression russe en Ukraine pour se faire reconduire comme garantie d’éviter l’aventure de l’inconnu, hélas ce fut avec lui l’aventure de la pagaille politique.
C’est la prédominance du malentendu qui a induit une déception qui à chaque élection justifiait une promesse de rupture, de changement, de nouveauté… Et c’est cette constante qui rend l’événement imprévisible.
Commentaires