Qui a peur du grand méchant Trump ?
- André Touboul

- 11 janv.
- 5 min de lecture

On manque de mots dans les médias pour définir le 47ème Président des Etats-Unis. Le moins que l’on puisse entendre, c’est qu’il n’a pas la manière.
On se souvient de TACO surnom de Trump selon les Démocrates qui signifiait : Trump Always Chicken Out. Autrement dit : Trump se déballonne toujours. Désormais les MAGA peuvent revendiquer TAKO pour Trump Always Knocks Out, soit Trump met toujours KO.
Métamorphose. Trump était Joe, voire pis Averell Dalton, dont on se demandait à quel coût il se vendrait à Poutine pour toucher la prime du Nobel de la Paix. Il est devenu en quelques coups de colt un Lucky Luke qui tire plus vite que son ombre. Trêve à Gaza, bombardement massif de Fordo où l’Iran peaufinait son arme nucléaire, pilonnage des Islamistes au Nigéria pour les dissuader de massacrer les chrétiens, extraction du Dictateur Maduro, arraisonnement d’un pétrolier fantôme sous pavillon russe… prises une à une, ces violations du bon goût ne peuvent être qualifiées de mauvaises nouvelles.
Et le voilà qui dit qu’il sera toujours là pour l’OTAN, alors qu’elle n’est pas là pour les Etats-Unis. On a peu relevé et encore moins compris, qu’il faisait par cette réflexion amère, allusion au refus, il y a quelques années, des pays de l’OTAN de s’engager dans une défense du Pacifique, aux côtés des Américains, au motif que le Traité ne concerne, comme son nom l’indique, que l’Atlantique Nord. Cette position, notamment de la France, qui invoquait son propre agenda, c’est-à-dire ses intérêts dans le Pacifique, avait motivé le coup en vache de l’AUKUS administré par Joe Robinet Biden, et l’annulation de la commande Australienne de sous-marins français.
Panique en Europe. Le Grand méchant loup revendique le Groenland. On divague en parlant de guerre avec les USA, de l’envoi de troupes sur l’île glacée pour renforcer les 12 militaires danois qui y assurent la sécurité face à la Russie. Des Généraux Boum menacent de fermer les bases US d’Europe, quand ce sont elles qui en sont la seule vraie défense. On oublie qu’il s’agit d’une colonie du royaume du Danemark, dont les natifs ont obtenu un régime d’autonomie, et mieux vaut ne pas mentionner ce que signifie « groenlener » en danois vulgaire. On s’indigne d’une agression de l’Union des 27, alors que c’est le Groenland qui avant le Royaume Uni a exigé et obtenu de sortir de l’UE. Si les Groenlandais sont de nationalité danoise, le Groenland ne fait pas partie de l’Union Européenne.
Bien que Trump, en bon Grand méchant loup, montre les crocs, il ne pourra contourner le « droit des Groenlandais à disposer d’eux-mêmes » qui fonde leur souveraineté sur leur ile, et le plus qui pourrait survenir serait que les Inuits obtiennent leur indépendance, encouragés en cela par la promesse des Etats-Unis de remplacer au centuple l’aide danoise au budget du gros glaçon.
Regardons un globe terrestre et non une planisphère de mercator, et l’on découvre que les deux rives de l’océan Arctique sont le Groenland et la Russie. Les bases nucléaires russes sont bien à l’abri le long des côtes de moins en moins gelées de l’océan Arctique. Elles sont la garantie qu’en cas de conflit nucléaire, si les villes principales de Russie sont à portée des missiles US, l’ex-URSS pourra répliquer à partir de l’Arctique. Dans ce cas de figure, le Groenland est une position essentielle, d’où les Etats-Unis pourraient attaquer et défendre. Ces questions de portée des armes ont une importance que l’on ne peut négliger. Elles ont compté dans la chute de l’URSS, et Poutine n’a pas manqué de vanter son missile invincible, car hyper véloce, dès le début de l’invasion de l’Ukraine.
Au lieu de couiner à la violation de souveraineté danoise, l’Europe serait bien avisée de proposer un plan de défense conjoint ou partagé avec les Américains pour cette ile stratégique. Mais l’Union Européenne est une fois encore aux abonnés absents.
Au demeurant, Macron est aphone. Il vote contre le MERCOSUR, mais sa voix ne comptera pas. Il rameute une coalition de bras-cassés pour l’Ukraine, pratiquement tous volontaires pour ne pas y aller. Il harangue son corps diplomatique pour qu’il invente un « narratif nouveau » sur l’Afrique dont la France a dû partir la queue entre les jambes. Notre Président en est réduit à invoquer le droit international qui est l’incantation de ceux qui n’y peuvent rien.
Il est inutile de seriner que les Russes veulent détruire l’Europe, pleurnicher que les Etats-Unis nous veulent du mal, et que la Chine nous submerge de produits à deux sous, quand l’Union Européenne organise elle-même sa propre destruction. Le libre échange est une doctrine d’un âge révolu, elle a assuré la désindustrialisation du vieux continent. On dit qu’il a fallu 25 ans pour négocier le MERCOSUR, cela montre bien qu’il s’agit d’une idéologie économique obsolète. L’heure est aux protections tarifaires et stratégiques, mais l’Union recherche son salut par des accords de franchises douanières génréralisées, CETA, MERCOSUR… en faisant confiance à la main invisible du marché qui rééquilibrera les avantages d’entre les nations. Le comble de la cécité est d’invoquer le CETA pour justifier que le MERCOSUR ne menace pas notre agriculture, alors que la production agricole du Canada n’a rien de comparable à celle de l’Amérique du Sud.
Pourquoi abandonner une idéologie qui perd ? A Bruxelles, quand on sort de la route, on accélère, et personne n’ose dire à la technostructure de l’Union qu’elle fait fausse route.
Imperturbables, les européistes béats démontrent que ce qui est fatal à l’agriculture est compensé par des gains dans d’autres domaines. Mais, quand bien même les avantages seraient quantitativement supérieurs aux destructions, celles-ci, en l’espèce, sont inacceptables. On tue l’agriculture, en gérant son agonie par des subventions, pour vendre des automobiles. Alors que l’on pourrait, à la chinoise, aider l’industrie pour diminuer le coût des voitures.
Emmanuel Macron est trop respectueux de l’Union, et trop peu des intérêts français. Il a voulu jouer le jeu des institutions en misant sur sa capacité à convaincre. Mais il n’est pas, lui-même, convaincu de la nocivité du libre échange absolu. Il ne pouvait que perdre. Dès lors, il ne lui reste que l’épreuve de force : contre Bruxelles, ou contre les agriculteurs largement soutenus par l’opinion française.
Il pourrait dire aux 26, si vous voulez m’imposer le MERCOSUR, I want my money back, comme l’avait fait Margarett Tatcher. La contribution nette de la France à l’Union étant remise en cause. Que pourraient faire les autres Etats membres si comme l’avait fait De Gaulle en 1966, la France pratiquait la politique de la chaise vide ?
Notre agriculture est un enjeu existentiel, elle justifie de mettre les autres membres au pied du mur.
Gangrénée par la technocratie et une idéologie économique dépassée, le pronostic vital de l’Union Européenne est engagé. Seul un traitement de choc pourra la sauver.
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