top of page

Radicalité, la stratégie du passe-murailles

  • il y a 7 jours
  • 5 min de lecture



Il était Providence, au sens premier et plein, il prévoyait et il pourvoyait. Cet attribut à l’origine attaché au divin a été accolé à l’Etat, à une époque où justement Dieu battait en retraite en Occident. Ainsi, celui que Hobbes appelait Léviathan, sans y voir rien de monstrueux, est devenu omniprésent, omnipotent, et tout naturellement décideur du Beau et du Bien.


Maitre de l’esthétique et de la morale, l’Etat total, né de la Seconde guerre mondiale, était aussi détenteur de la science et du progrès. Il a, naturellement, pour s’incarner, suscité la formation d’un clergé. Et les serviteurs de l’Etat sont devenus l’élite détentrice de toutes les vertus étatiques, à commencer par l’autorité et l’infaillibilité.


La sélection de cette caste par un système méritocratique en justifiait la « promotion » au-dessus du commun, sans s’arrêter à ce que cette « noblesse du diplôme », selon l’expression de Pierre Bourdieu, pouvait avoir d’artificiel. L’Etat a ainsi eu ses prêtres, oracles de toutes les valeurs à commencer par la vérité qui sortait nécessairement par leur bouche. La France a suivi avec enthousiasme ce chemin que son personnel politique percevait comme un juste milieu entre la bureaucratie totalitaire soviétique et les abus du capitalisme américain. Il était alors possible de vivre le rêve hollywoodien, en savourant le confort des pantoufles de notre cher modèle social.


Le premier coup de tonnerre est venu quand un de ces commis que l’on nommait Grands a dû le reconnaître du bout des lèvres : « l’État ne peut pas tout ». Par là, Lionnel Jospin sous-entendait, cependant, qu’il pouvait encore beaucoup. Et c’est ainsi que l’Etat est devenu plus prosaïquement Nounou, la nourrice des Français, dont les mamelles n’étaient plus « labourage et pâturage » comme le disait Sully, mais fiscalité et redistribution.


Ce système économique ne pouvait se perpétuer longtemps, car si la puissance publique restait la source majeure de la subsistance distribuée, elle n’était pour presque rien dans la création des richesses, que, bien au contraire, elle faisait tout pour contrarier. En effet, la bureaucratie n’est, par nature, ni créative, ni productive. Sa technicité consiste à prélever l’impôt et à répartir les allocations.


Les Français conscients de la fragilité de ce modèle, n’ont cessé élection après élection de réclamer du changement. En vain, car c’est sans compter sur le fait que l’Etat-total a généré une bureaucratie absolue, qui s’est constituée en une classe dont le premier soin est d’organiser sa propre irresponsabilité, et bien entendu son maintien.


La religion du « Service public » qui servait de légitimité à l’élite d’Etat, s’est trouvée contredite par les faits. Ce dogme s’est révélé vide, car ses serviteurs incapables de lui donner une substance, ont été d’échecs en démissions dans la mission de définir l’intérêt général et d’accomplir le bien public. Ils se sont limités à défendre et faire prospérer l’État, qui est devenu ventripotent, ce qui n’a fait qu’aggraver son impuissance.


Ainsi l’élite d’Etat est devenue inutile, et même toxique, comme le sont tous ceux qui s’agrippent aux pouvoirs et prébendes qui ne sont plus justifiés par des résultats. A bien des égards, ils sont semblables à des privilégiés d’un ancien régime qui refusent de passer la main.


Désormais, les Français, dont la fine fleur de plusieurs générations a emprunté la voie royale du service de l’Etat, et par le fait sont incapables de se remettre en cause, se trouvent seuls face au monde qui change à une vitesse stupéfiante.


Dans son nouveau livre, Le temps d’une décision, Bruno Le Maire, meilleur analyste que fin politique, décrit un monde qui se fait sans l’Europe, sans la France. Pour lui, il faut de la radicalité pour contrer ce confortable déclin.


Le Figaro a lu l’ouvrage :

« Avec son projet de « faire tomber la monarchie technocratique », « cette ambiance de cour, où des cloportes jamais élus, jamais confrontés au peuple, jamais sortis du cocon de leurs certitudes, toujours en maraude (…) exercent un pouvoir de nuisance parce qu’ils nichent dans la bonne aile du bon palais ». Cette machine, aussi, à fabriquer l’irresponsabilité. « La monarchie technocratique décide, elle ne rend jamais de comptes. Cherchez un responsable, vous ne le trouverez pas. Il est perdu dans le maquis des organigrammes, qui masquent la main de la décision dans un écheveau à cent fils. Qui a pris cette décision ? Tout le monde, donc personne. Impossible de remonter à la source. »


Bruno Le Maire n’a peut-être pas lu « Les Cinq Mille », mais il les a vécu. Il se trouve désormais, nous dit-on, « en quête de radicalité »… sans autre précision.


On connaissait le Parti Radical, comme les radis, rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur et près de l’assiette au beurre. On nous a bassiné avec les « radicalisés », égarés en religion. La radicalité dont il est question avec l’ancien ministre des Finances est une rupture avec les compromis qui comme les soins palliatifs ne font que précéder la sédation profonde. C’est la stratégie du passe-murailles.


Les causes de cette fatalité sont connues, elles ne sont pas imputables au populisme qui n’a jamais été au pouvoir, mais à l’élite d’Etat. La radicalité sera d’abord de congédier une caste déméritante.


Le défi est immense. Comment se désintoxiquer des réflexes de l’Etat-total ? Sans doute en utilisant ce que le régime n’a pas détruit : le processus démocratique de l’élection.


Pour renouveler son élite la France n’a pas besoin de faire appel à la guillotine ou à la Terreur, ni à un nouvel Empire. Il lui suffit de manier fermement le balais. Sortez les sortants devrait être et sera le maître mot des prochaines élections.


Bien entendu, le système résiste. Il propose Edouard Philippe, un candidat réputé « rassurant », mais dans la continuité de l’expérience Macron. Son bilan personnel est édifiant. On lui doit les Gilets jaunes, et le ratage de la première réforme Macron des retraites. A son actif ? Rien. Pas même la gestion du COVID qui a précipité son éviction de Matignon. Sans se lasser, les sondeurs l’on désigné comme « personnalité politique préférée des Français », puis comme seul capable de battre Bardella.


Bien évidement, n’ignorant pas que depuis un demi-siècle les urnes désavouent toujours le gouvernement en place, l’intéressé a simulé la rupture, en suggérant, moderato cantabile, au Président de démissionner. Ce simulacre n’est pas plus convainquant que celui de Gabriel Attal, qui mise sur un « froid » avec Emmanuel Macron pour se refaire une virginité. Ces simagrées sont vaines, car ce qui ne change pas, c’est la politique Macron dont ils sont, qu’ils le veuillent ou non, les continuateurs.   


La rupture entre Sarkozy et  Chirac était réelle, substituant une droite apparemment dynamique à un ersatz de roi fainéant. Mais l’on recherche en vain ce qui distingue de Macron, Philippe ou Attal. Avec eux, ce ne serait même pas le « changement dans la continuité » selon la formule de Giscard, mais la persistance dans l’obstination.


Quant aux LR, il faudra bien du talent à leur leader adoubé par les militants pour faire oublier la compromission de leurs parlementaires avec le Gouvernement Lecornu. Paradoxalement Bruno Retailleau n’aura de chance de figurer au second tour, qu’en s’affranchissant de l’étiquette LR, mais sans renoncer à une radicalité de droite authentique. Bref, de franchir la muraille.

 
 
 

Commentaires


bottom of page