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Sauver l’Etat

il y a 12 minutes
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Le constat est partagé par une majorité écrasante des Français. L’Etat fort que chérissait le Général De Gaulle a grossi, il est devenu obèse, podagre, incapable de se mouvoir. Son appétit boulimique l’a conduit aux limites des l’apoplexie. Sa voix, jadis auguste et respectée, n’impressionne plus personne ; pis son autorité est moquée.


Même le plus Diafoirus des médecins, obsédés par « le poumon, le poumon, le poumon ! »  le saurait. L’Etat doit, pour survivre, suivre un régime amaigrissant draconien.


L’Etat ne peut mourrir ? Voire. Il peut dégénérer dans une guerre civile ou un chaos généralisé, mais tout aussi fatalement cesser lentement toutes ses fonctions vitales, jusqu’à ce que s’impose une autorité extérieure qui viendrait gérer le pays. Les institutions internationales telles que le FMI, la BCE, et même l’Union Européenne, montrent que la souveraineté qui est l’attribut principal de l’Etat peut tomber en des mains étrangères.


Nul besoin de convoquer un collège de nutritionnistes pour savoir que la mauvaise graisse qui alourdit l’Etat, au-delà du Mamouth de l’Education Nationale que dénonçait Claude Alègre, est la masse démesurée des agents publics, et plus précisément des fonctionnaires. La différence entre ces deux catégories est que les seconds bénéficient à vie de la protection du Statut de la Fonction Publique, alors que les agents contractuels sont à charge pour une limite déterminée quant à leur rémunération, mais, il est vrai, toute aussi indéterminée pour les droits à la retraite acquis.


Avec une mauvaise foi qui n’appartient qu’à ceux qui ont appris à avoir toujours raison, les hiérarques de l’Etat et leurs hiérodules affirment que tout le mal provient du modèle social auquel les Français sont indéfectiblement attachés. En effet, pour en bénéficier les Français cotisent et répartissent entre eux les sommes récoltées. Les écarts déficitaires, relativement modestes, sont le fait des décisions de l’Etat qui est mauvais gestionnaire.


La cure d’amaigrissement de l’Etat est un remède connu. Le premier à en avoir parlé fut Nicolas Sarkozy qui voulait ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Cette promesse fut tenue pour l’Etat, mais annulée par l’augmentation des agents des collectivités territoriales, d’une même ampleur.


François Fillon voulait réduire le nombre des fonctionnaires de 500.000. On a vu le sort qui lui a été réservé, et pu apprécier la méthode employée pour l’écarter.


Sous Macron qui promettait en 2017 de diminuer les effectifs de 120.000 personnes, on a pu constater une augmentation de 200.000 agents publics et fonctionnaires. Mais ce fut surtout par des recrutements d’agents contractuels, le nombre de fonctionnaires restant stable.


On le voit, c’est par un glissement lent que la masse des employés de l’Etat tend à se libérer des contraintes du Statut de la Fonction Publique. En 2007, les contractuels représentaient 16% de l’ensemble, alors qu’en 2024, ils étaient 24%.


Ce mouvement est manifestement trop faible, trop lent et il n’assure pas de diminution des fractionnaires dont le nombre demeure stable à 4 millions sur la même période. Pour mémoire : un fonctionnaire embauché aujourd’hui à 2000 € brut va inexorablement coûter 3,8 millions d’euros au budget de l’Etat. On n’ose pas faire la multiplication de peur du vertige.



Sachant qu’au jour où les besoins de main-d’œuvre changent à une vitesse stratosphérique, maintenir un système de fonction publique où les titulaires sont quasiment propriétaires de leur emploi et de son contenu est d’une inconcevable légèreté, dont l’Etat impécunieux n’a pas les moyens.


Dans la campagne présidentielle, de tous côtés, on ne cesse de promettre des mesures radicales d’économies. Elles sont aussi peu crédibles que possible dans la bouche de cogne-mou qui ont soit prouvé qu’ils n’en avaient pas le courage, soit jamais montré qu’ils en seraient capables.


Aucun, d’ailleurs, n’ose le dire, le régime amaigrissant de l’Etat qui pourrait le sauver n’est pas le « comme j’aime », mais une potion amère qui consiste à abolir le Statut de la Fonction Publique.


Ce Statut général remonte à une loi de 1946, portée par Maurice Thorez. Il fut refondu par une ordonnance de 1959, mais résulte aujourd’hui des gouvernements Mauroy de 1983 et 84.


A la différence des 35 heures dont il est autorisé de mettre en cause la pertinence, le Statut de la Fonction publique est un sujet tabou.


Pourtant, c’est bien la mise en cause de ce totem de gauche qui démontrerait l’émancipation de la droite. Mais qui l’osera ?


Interrogé sur la question du statut de la fonction publique Chat GPT reconnaît que normalement « le contribuable ne finance pas des emplois publics, mais des services publics ». Il précise que les emplois ne sont qu’un moyen d’y parvenir, et que « Plus l’État a du mal à adapter quantitativement et qualitativement ses ressources humaines à l’évolution de ses missions, plus il risque de compenser les rigidités par des dépenses supplémentaires. » et il ajoute :

« La fonction publique devrait être stable dans ses principes et ses missions, mais pas nécessairement dans la composition de ses effectifs. C’est peut-être même l’un des grands impensés de la réforme de l’État : on parle énormément de supprimer des normes, de numériser, de réorganiser les administrations et de maîtriser les dépenses, mais beaucoup moins de savoir comment faire varier réellement les ressources humaines lorsque les besoins du service changent. »


Dans le monde en bataille et l’Europe en chamaille, la France défaille. Son élite d’Etat, malgré son arrogance, n’est pas à la hauteur.


On déplore l’inefficacité du personnel politique, mais celle-ci est en grande partie mise en échec par la haute administration qui use de deux armes : l’immobilisme et la permanence, pour n’en faire qu’à sa tête. Et elle ne s’en prive pas, convaincue qu’elle est plus intelligente que les élus et les ministres qu’elle répute « tous pourris », et incompétents. Ce sont les permanents de l’Etat qui font la réalité la loi, tant en amont par la préparation des dossiers, que lors de son application. Cet effet délétère, on le doit au sacrosaint Statut, et cela modère la « nécessité » de la stabilité de la fonction publique.


.« La réforme administrative est à l’ordre du jour, et le restera », disait Jacques Chirac, paraphrasant Georges Clemenceau qui vantait ironiquement le Brésil comme pays d’avenir.


Cette réforme est néanmoins urgente, car une administration difficile à réorganiser, difficile à responsabiliser et difficile à réduire peut-elle être suffisamment agile pour absorber une révolution technologique qui, elle, ne demande aucune autorisation pour transformer les métiers ?


Ce qui est aujourd’hui évident, c’est que la réforme de l’Etat dont chacun parle passe par l’abandon du Statut de la Fonction Publique. Sébastien Lecornu propose d’économiser sur les indemnités des ministres, mais ce qu’il faut faire c’est de rogner sur les traitements et avantages de la haute fonction publique. Et cela, le Statut ne le permet pas.


On ne cesse de regretter l’absence de vision et de grand dessein des candidats à la présidence. Mais quel serait le sort médiatique de l’aventureux qui ne ferait qu’allusion à l’expérience suisse ou suédoise d’abandon du statut des fonctionnaires, qui ont été salutaires pour leurs finances, sans les priver de qualité de leur services publics. Sauver l’Etat de lui-même, voilà le grand défi… la mère de toutes les batailles.


Macte animo, generose puer, sic itur ad astra*, écrivait volontiers Voltaire pour encourager ses correspondants littéraires. Allons, Mesdames et Messieurs les candidats un peu d’audace, de l’audace encore de l’audace, toujours de l’audace. Le salut de l’Etat, le vôtre et le nôtre sont à ce prix, vous le savez.


* se traduit par : «Courage, noble enfant, c’est ainsi qu’on s’élève vers les étoiles »






 
 
 

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