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Sortie de crise

il y a 54 minutes
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Que les Français se rassurent, la crise tous azimuts que le pays affronte va se dénouer. ils vont devoir avaler une potion amère. Mais ceci fait, ils vont pouvoir se réveiller du cauchemar qui les tenaillait depuis… depuis… là commence la description de ce mauvais rêve.


Il y a le « depuis » l’arrivée au pouvoir de Macron, le virtuose des meilleures solutions de droite et de gauche, avec la dégringolade qui s’en est suivie : les services publics (éducation, santé, sécurité) sont au plus mal, le chômage revient après un léger mieux illusoire, le logement est introuvable, l’immobilier étant considéré comme une rente à taxer, et pour couronner le tout les finances de l’Etat se précipitent dans le gouffre spéculatif des marchés malveillants. Tel est le bilan des compétents qui ont tout raté.


On se prend à souhaiter le retour des incapables.


Et sans doute ils reviendront pour faire de la politique en écoutant le peuple. Ils cesseront de vouloir faire des Français des boursicoteurs, car l’épargnant gaulois est allergique au risque. Il n’a confiance que dans la pierre, et il enrage de voir les placements d’une vie torpillés par des technocrates obtus. On s’étonne de l’inappétence au travail des Français, mais est-il raisonnable de s’échiner à remplir des comptes d’épargne ? On avait plus de cœur à l’ouvrage quand il s’agissait d’acquérir des logements, des résidences secondaires… bref investir dans l’immobilier, ce que Macron et ses semblables ont décidé de punir, parce que c’était une rente, et la rente, c’est mal.


Cette coloration morale nous conduit au second « depuis », il remonte dit-on à 1981, quand la France a voulu rompre avec le capitalisme en nationalisant à tour de bras. Il n’y avait aucune logique économique à cela. La réalité économique a eu raison de l’utopie socialiste, et il a fallu dénationaliser à marches forcées, les plus diligents en la matière ayant été les gouvernements de gauche.


Mitterrand invoquait le danger du « mur de l’argent » qui pouvait faire échouer le socialisme, mais la raison, dans sa profondeur, était morale. Les racines éthiques de l’expérience socialiste étaient celles de la Libération et du Conseil National de la Résitance, fortement influencées par la doctrine communiste qui, en un sens, rejoignait l’idéal gaulliste de  l’Etat fort.


Ainsi l’Etat est devenu le seul détenteur de l’intérêt général, les activités privées étant tolérées autant que nécessaire. Il était donc normal que le Service Public devienne l’architecte d’une société morale, où ce qui était bon pour l’Etat était bien pour tous. Cette philosophie a particulièrement séduit la génération  de « mai 68 » dont la fine fleur s’est précipitée dans les bras de l’Ecole Nationale d’Administration.


C’est ainsi que s’est constitué le camp du bien, celui qui prend soin des « plus défavorisés ». Le terme est éloquent, il oblitère les mérites de chacun pour ne retenir que les besoins.


Il ne s’agit pas ici du principe chrétien de charité, qui commande la solidarité de notre devise nationale, mais d’une autre origine, celle de l’application d’un principe d’égalité autrement formulé : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Apparue sous diverses formes, chez des auteurs comme Louis Blanc,  cette maxime connaît raisons une fortune particulière au temps du socialisme utopique, puis dans la pensée anarchiste ; elle est ensuite reprise et popularisée par la Critique du programme de Gotha de Karl Marx (écrit en 1875, publié en 1891). Plus tard, en 1946, il sera repris comme principe de la Sécurité sociale en France.


Voilà pourquoi et comment l’élite d’Etat est devenue experte dans l’invention de l’impôt, virtuose de la collecte des taxes et la France championne du monde des prélèvements obligatoires et de la redistribution.


Ce mépris du productif, réputé égoïste et motivé par de mauvais instincts, et considéré comme une vache au lait intarissable, ne pouvait avoir pour conséquence qu’une débandade économique.


Le vocabulaire est le témoin de l’hostilité de la pensée dominante à la liberté d’entreprendre, de créer, de produire… les adjectifs « libéral » ou « néo-libéral » sont synonymes de l’horreur absolue. Le mot « entreprise » a dû être réhabilité. Le patronat est assimilé encore aujourd’hui à un gang d’exploiteurs. On parle des « riches » comme s’il était admis qu’il ne l’étaient devenus que par fraude. Les héritiers faisant évidemment exception à cette opprobre.


Dans le monde tel qu’il est, où l’on constate la perversion des valeurs que l’on invoque à rebours, il est inévitable que la question du bien et du mal soit posée.


Ce qui est bien, est-ce de produire ce dont on a besoin ou de distribuer ce que l’on a pas ?

Ce qui est bien, est-ce que l’Etat emprunte pour distribuer, ou qu’il restreigne ses dépenses ?


En vérité, le principe moral devrait être celui de l’utilité sociale qui est du côté du producteur de richesse.


Cela conduit à douter de la moralité de ceux qui ne se consacrent qu’à redistribuer et à faire grossir l’Etat. Ils l’ont fait, toutes ces années, par intérêt personnel, Intérêt de carrière, par goût du pouvoir, agrément de vie, et appétit d’argent caché sous des primes variées.


On ne peut ici égrener des noms, ils sont trop nombreux. Mais chacun en connait. Il y a le ministre des finances qui ruine le pays par une politique qu’il sait mauvaise, mais ne démissionne pas, car la soupe est bonne et le poste fertile en opportunités. Il y a tous les hauts serviteurs de l’Etat qui sont logés et blanchis, repus de primes et d’avantages. Mais à côté des hiérarques, prospèrent les hiérodules, dans les entreprises publiques, et particulièrement l’audiovisuel.


On dit que des dizaines de millions de Français dépendent de l’Etat, et que la situation est de ce fait non-remédiable. C’est vrai, mais en partie, car tous n’en tirent pas les mêmes avantages. Quand à la possibilité pour la société française de recouvrer la santé, il suffirait de donner un grand coup de balai dans une élite déméritante.


Certes, ce sera remplacer des incapables par des incompétents, mais le plus important est de rétablir une morale conforme aux intérêts du peuple français, et de révoquer celle qui lui nuit.


Cela s’appelle la définition de l’intérêt général. Distinguer le bien et le mal est un préalable à toute politique.  Il ne s’agit pas de cesser de redistribuer parce que l’on n’a plus d’argent, mais parce que c’est intrinsèquement mal, et que cela inverse l’utilité sociale réelle.


Il ne s’agit pas de dire que la richesse est tolérable parce qu’elle ruisselle, mais qu’elle est bonne en soi dès lors qu’elle a été obtenue dans le respect des lois. Certains opposent l’efficacité à la morale, mais ce qui conduit à la ruine collective est une fausse morale.


Dans le Nouveau Monde, un individu est ce qu’il vaut, ici il est depuis trop longtemps valorisé par ce qu’il distribue, sans considérer s’il s’agit de son propre argent.


Il est sans doute exigeant de demander à une élite qui a depuis des décennies prospéré sur un discours misérabiliste de changer de réflexes. Mais le jugement moral que commence à porter sur elle le peuple mécontent d’avoir été trahi, devrait faire appel à leur instinct de conservation. Si c’est nécessaire, ils changeront de morale, et seront les plus ardents défenseurs d’une nouvelle version de l’intérêt général,  ils sauront mieux que quiconque expliquer ce revirement, et nul doute que certains iront jusqu’à prétendre que c’est la girouette qui a fait tourner le vent.


 
 
 

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