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Un nouveau cycle pris à rebours par un homme à la mer

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 5 déc. 2025
  • 5 min de lecture


Tout porte à croire que la vie politique française est parvenue à la fin d’un cycle. A droite, pendant les trente glorieuses qui ont suivi la Libération, elle a bifurqué à gauche en 1981.


Ce virage a été préparé par un contexte idéologique inhérent à la théorie de l’Etat fort, commune au gaullisme et aux Communistes. Certes, il ne s’agissait pas du même Etat. Celui du Général était régalien. Le Parti communiste, lui, voulait tout bureaucratiser. Ils se sont rejoints dans la constitution d’une élite administrative dont les membres, fine fleur de chaque génération suivant la voie royale de l’Ecole Nationale d’Administration, une co-création Maurice Thorez/ Michel Debré, a fini par prendre le contrôle de l’État et par lui d’une économie que l’on disait dirigée et qui fut colonisée.


Cette organisation sociale a conduit aux nationalisations de 1981 avec la participation de ministres communistes au gouvernement, vite marginalisés et écartés, car l’élite administrative préférait la souplesse du socialisme, estimant impossible de se soumettre au Parti communiste par trop inféodé à Moscou.


Cette période a été celle de la croissance exponentielle de l’Etat, désormais qualifié de Providence. L’idéologie dominante qui s’est installée a été celle de la redistribution, moyen essentiel de lutte contre les inégalités conçues comme le mal absolu. Ce n’était, en fait, qu’une version molle de la lutte des classes. La bureaucratie y a trouvé sa justification morale. L’Etat-guichet est devenu obèse. Il a développé un savoir faire incomparable dans l’invention de taxes et leur recouvrement, sans se rendre compte que, par le fait, la société française dévorait sa propre substance. Une autre façon de décrire cette politique est que l’Etat s’est mis à couper le blé en herbe, faisant fi des récoltes futures.


Quand on constata le « raz-le-bol fiscal » selon l’expression d’un Ministre des finances socialiste, il fallut recourir à l’emprunt pour continuer à financer l’Etat et ses obligés. Cela se fit d’autant plus aisément que les taux d’intérêts étaient bas, voire négatifs. L’Etat s’est alors comporté comme un cocaïnomane dépendant de doses d’argent toujours insuffisantes, car plus il remplit ses caisses, plus vite encore il les vide.


Pendant ce temps l’économie s’est effondrée. Malgré un recours à une main-d’œuvre immigrée de plus en plus massive et exploitée, ce qui était le ferment d’une inévitable rupture sociale, l’industrie a été délocalisée, l’agriculture sacrifiée, et la consommation tournée vers les importations. Pour la France devenue cigale, la mondialisation heureuse fut une pente savonneuse de plus en plus vertigineuse.


Aujourd’hui, la fête est finie, et le réveil douloureux.


Face aux défis de l’époque, les recettes de la gauche sont parvenues à un point tel d’inefficacité que le mot  français le plus entendu est celui « d’impossible ».


La voie de salut organisée par l’élite française a été se s’en remettre à l’Union européenne devenue pour tous les problèmes le « seul niveau pertinent » de solution. L’UE n’ayant pas pour vocation de résoudre les problèmes spécifiquement français, c’était, hélas, plus une aggravation de ses maux qu’un remède que la France pouvait en attendre.


A bout de réponses, l’élite française a néanmoins le plus grand mal à passer à autre chose. La France est de plus en plus à droite, mais son élite reste culturellement arrimée à gauche. Sa stratégie n’est pas un aggiornamento pour mettre en doute ses réflexes et convictions apprises, mais un retardement. Dans cet exercice, l’Administration, leur mère nourricière est experte. Elle dispose à cet effet d’une maitrise des postes clés des institutions non électives : Conseil Constitutionnel, Conseil d’État, Cour de Cassation, Cour des Comptes… Avec d’anciens socialistes ou des sympathisants, la République est verrouillée.

  

Emmanuel Macron aura été le dernier Président de l’ère socialiste. En supprimant l’ENA et les Grands corps, il a voulu en finir avec cet Etat dans l’Etat. Ce jeune présomptueux a sous-estimé la puissance de l’élite bureaucratique qui contrôle la politique, les médias et largement l’économie. Châtié pour sa trahison, il en récolte les fruits amers, chaque jour.


Pressentant et même théorisant la fin d’un cycle, Macron proposait le début d’un autre. Il promettait « un monde nouveau », une nouvelle façon de faire de la politique, faire de la France une « startup nation ». On ne saura jamais quel aurait pu être le contenu de cette vision, car son ambition s’est fracassée sur un retournement planétaire qui a mis fin à la mondialisation heureuse.


Le retour des rapports de force brutaux, des carnivores et des prédateurs a pulvérisé les illusions que certains herbivores plaçaient dans un monde toujours plus favorable au doux commerce et au règlement des conflits par le droit. Sans doute, la finitude de notre planète où les ressources sont comptées, jusqu’à celles en eau et en air, où l’on est submergé par les déchets et en proie aux angoisses climatiques, a été le moteur de ce phénomène de dé-civilisation qui n’est que leur expression exacerbée.


Ce changement d’époque, notre Président ne l’a pas compris ; comme d’ailleurs beaucoup de dirigeants européens qui continuent à ratiociner comme hier en invoquant les manes d’un temps révolu où les institutions internationales comme l’ONU ou l’OMC avaient encore un rôle. Les chars de Poutine entrant en Ukraine et les tarifs de Trump s’abattant sur les entreprises du monde entier, ont sonné le glas des bonnes manières.


Emmanuel Macron n’a pas eu conscience de ce cataclysme, sauf en ce qui concerne la nécessité de renforcer l’appareil militaire, ce qui pour lui reste un rôle de composition, comme le Général De Villiers en attestera.


On dit que les problèmes ne sont ni de droite ni de gauche, et que seules les solutions le sont. C’est archi-faux. La nature des maux commande celle des remèdes. On le sait depuis Hypocrate et Galien.


Face à l’insécurité, au délitement de la société dû à une immigration sans mesure, et à l’agression des narco-trafiquants, la gauche n’a pas les réponses fermes nécessaires. Face au protectionnisme US, au dumping social Chinois, seule la rétorsion est efficace. Ces politiques sont topiquement de droite. Le peuple le sait, il possède la sagesse des nations. Les dirigeants sclérosés ont du mal à l’admettre.


Dans cette conjoncture, qui est, en fait, un changement culturel, Emmanuel Macron a cru pouvoir trouver un refuge dans la gauche. Quitte, pour durer un an encore, à contredire et annuler tout ce qui l’en distinguait. Incapable de préparer l’avénement d’un nouveau cycle, il veut, nageant à rebours,  retourner au précédent. Il perd pied et bien sûr il se noie. Il n’est pas surprenant que personne ne veuille tendre la main à cet homme la mer, car il s’obstine à prendre les Français à rebrousse poil.


Son « Après-lui », qui n’en finit pas de se faire attendre, se présente comme un déluge d’incohérences qu’il n’aura rien fait pour conjurer.


La situation bloquée d’aujourd’hui, et celle, conflictuelle, qui vient, sont imputables à Macron, mais largement et, plus encore, dues du fait que l’élite du cycle de gauche, qui est installée aux commandes depuis des décenies, est prisonnière de son mode de penser et ne parvient pas à réagir autrement qu’avec les concepts usés de la dialectique façon lutte des classes. L’inquiétude des Français relative à leur avenir, vient de là. Ils se rendent compte qu’il leur faudra changer d’élite, totalement, peut-être brutalement, et avec tous les risques que cela comporte.


 
 
 

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