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Vous avez dit « Fraternité » ? Comme c’est bizarre !

il y a 2 heures
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Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre !


De notre devise nationale, inscrite dans l’article 2 de la Constitution de la Vème République et gravée aux frontons des édifices publics : Liberté, Egalité, Fraternité, qui, pour la première fois figurait dans la Constitution de1848, pour disparaître sous le second Empire et revenir avec la IIIème République, on parle souvent de liberté, beaucoup d’égalité, et fort rarement de fraternité.


Plus précisément, on invoque les libertés, au pluriel : celle de pensée, d’expression, d’aller et venir, de conscience et de foi religieuse, ce qui est bel et bon, mais bien différent de « la Liberté » dont Paul Eluard écrivait le nom. Celle-ci en comprend aussi tous les autres visages, et notamment les libertés économique et politique, qui sont, pour la première très encadrée, et la seconde menacée par ceux qui dénient au peuple le droit de décider de son destin, c’est-à-dire de ce qu’il est et de ce qu’il veut devenir.


Quand à l’égalité, c’est aussi au pluriel et négativement que l’on en traite. Des inégalités contre lesquelles il convient de lutter, on nous abreuve soir et matin. Et aussi, on oppose l’égalité « en droit » à celle « en fait », en introduisant des discriminations dites « positives », laissant entendre que certains seraient plus égaux que d’autres.


Ces restrictions n’interdisent pas que Liberté et Egalité soient au cœur des débats qui agitent les esprits. Pour la Fraternité, il en va autrement. Le mot a pratiquement disparu du quotidien des discours politiques et médiatiques. Dans la France d’aujourd’hui, c’est à peine si les prêtres le prononcent dans leurs sermons dominicaux.


Le terme qui lui a été substitué est celui de « Solidarité ». Certes, on pourrait dire que la solidarité est la fraternité en actes, mais c’est oublier que la fraternité implique autre chose que l’aide matérielle. La solidarité peut être administrée par une bureaucratie, pas la fraternité. Dans le fraternel, il y a la démonstration de valeurs communes, et un lien bien supérieur à celui du subside ou l’allocation distribués.


La solidarité est sœur siamoise de la fraternité. Si l’on admet que la mère Patrie a un sens, ses enfants sont solidaires parce que frères. Mais la solidarité de fait parce que l’on vit côte à côte sur le même territoire, dans la même économie, n’induit pas nécessairement des références morales communes. Leur relation n’est pas symétrique. Dans la fraternité, il y a solidarité, mais la réciproque n’est pas vraie. Pour qu’existe une fraternité, il faut appartenir à la même famille.


Il n’est pas anodin que ce beau mot de fraternité ait disparu de notre vocabulaire politico-médiatique. Dans une famille on peut se chamailler, se jalouser, rivaliser, mais la fraternité a pour fonction de dépasser les querelles, et les empêche de dégénérer. Or, la famille française s’est décomposée et par le fait la fraternité est défaillante.


Une dimension que l’on néglige trop souvent est celle de l’interdépendance entre les trois branches de notre devise nationale. L’intérêt général que l’on recherche en vain en tentant de satisfaire les revendications catégorielles, est pourtant introuvable sans s’assurer de la convergence du triptyque Liberté/Egalité/Fraternité.


La liberté qui viole l’égalité et ignore la fraternité, est la loi de la jungle. L’égalité, sans liberté et fraternité est un  despotisme. La fraternité sans liberté ni égalité est une proclamation vide.


Dans la fraternité, il y a  le respect de l’autre, la bienveillance; la tolérance, l’appartenance à une même famille, et la main tendue. En somme tout ce qui fait cruellement défaut dans notre société. On ne discute plus, on s’invective. Les regards que l’on porte sur le voisin sont hostiles. Les jugements sont intolérants. Beaucoup refusent l’idée d’appartenance à la même nation. Chacun tire la couverture à lui. Et quand on tend le bras, c’est pour brandir le poing… et frapper.


Une République sans fraternité est une maison vide. Qui aura l’audace de proclamer que tous les programmes politiques du monde ne peuvent remplacer l’idéal commun de fraternité qui dans le respect de la liberté et de l’égalité donne son sens à la France.


La force de surmonter ensemble des épreuves n’a pas d’autre source que la fraternité. Elle consiste à être attentif aux difficultés des autres, à les ménager, mais aussi à exiger d’eux l’échange des loyautés. Car la fraternité est aussi un devoir réciproque.


Dans les manifestations de ces jours-ci, chacun défile pour sa colère et pour son sort particulier. Cette convergence des intérêts divergents ne peut déboucher sur rien d’autre que des promesses d’un Etat impécunieux, et chacun sait qu’elles ne seront pas tenues.


Le droit de manifester est une thérapie démocratique qui donne au citoyen l’impression de faire quelque chose. Les gouvernements jouent le jeu en faisant semblant de négocier des concessions. Mais la réalité est têtue. Un fois les banderoles repliées, les fumées lacrymogènes dissipées, elle reprend de sa lourde main, ce que les ministres ont lâché. Ils distribuent du pouvoir  d’achat, et elle le reprend par l’impôt et l’inflation.


Un peuple adulte doit se choisir un Président qui lui donne le sentiment de faire honnêtement les choix les plus équitables dans l’application de la devise de la République, sans oublier la fraternité qui est le ciment d’une nation.


Les Présidents de la Vème République ont eu des rapports divers avec la « Fraternité ». De Gaulle qui aimait trop la France pour se soucier des Français n’en parlait pas, elle allait de soi. Pompidou voulait que « l’on cesse d’emmerder les français », mais ne s’inquiétait pas de l’affectio societatis. Giscard voulut que « 1975 soit l’année de la fraternité », sans doute pour en souligner le manque. Mitterrand voyait la fraternité comme un devoir moral de lutter contre contre les discriminations, d’autres après lui en feront un argument de discorde. Chirac y consacra un discours entier le 7 avril 2000, dont personne ne se souvient, Sarkozy parle d’un refus de l’indifférence, Hollande évoque le vivre ensemble, et Macron en a fait un principe constitutionnel, ce qu’elle était déjà. Nos chefs de l’Etat n’ont pas ignoré ce thème, le plus souvent en tentant de le distinguer de la solidarité, sans y parvenir. Car ils n’en ont jamais défini les conditions.


La Fraternité est un sentiment biunivoque qui ne se décrète pas. C’est dans une nation un trésor qui se protège en évitant tout ce qui divise, les attitudes clivantes, mais d’abord en luttant contre les incivilités,  car la civilité est le visage quotidien de la fraternité. Quand deux cyclistes se croisent, ils se saluent. Les automobilistes enfermés dans leur armure d’acier, s’injurient. Il existe une fraternité de la petite reine, mais une hostilité du volant.


Depuis le film « la haine » de 1995, le phénomène de rejet réciproque s’est installé et amplifié. Cela démontre que les paroles de nos Présidents sur ce principe fondateur ont échoué. Bien au contraire leur action a contribué à fracturer la société française.


Les pouvoirs successifs ont toléré les délits mineurs en les qualifiant d’incivilités, donc sans importance. Et le climat social s’est détérioré. Ceux qui vivaient côte à côte, se sont retrouvés face à face, comme le prédisait Gérard Collomb. Il y a eu les émeutes, les casseurs et les pilleurs, manifestations de haine de la société et de l’Etat… et surtout de ceux d’en face : la police, les commerçants, les riches, les autres…


Nos gouvernants ont négligé l’homogénéité de la société française, en confondant la diversité qui enrichit avec l’hétérogénéité. On reconnait aujourd’hui avoir raté l’assimilation d’une immigration massive. Même ceux qui se repliaient sur l’intégration doivent admettre qu’elle échoue. La fraternité est un devoir moral, or les responsables politiques ont cru qu’il suffisait de prodiguer des droits pour assurer la cohésion sociale. Ils ont négligé de promouvoir la noblesse des devoirs. Ils les ont même abandonnés.


En contre-exemple on peut relever que face à un Etat ganache, sans autorité, vache à lait, distributeur de subsides à vau-l’eau, et bureaucratique, s’est imposé dans de nombreux esprits le  mouvement  des Frères musulmans, dont la force réside dans une fraternité puissante.


L’appartenance à un destin commun, ce qui inclut « passé, présent et futur partagés », est le cœur de la fraternité. Le devoir de tout nouvel occupant de l’Elysée sera de transformer l’inquiétude qui pousse au repli de chacun sur soi, en une puissante incitation à serrer les rangs.


C’est en restaurant la confiance, c’est-à-dire la prévisibilité, la mesure et la détermination de l’action publique, que pourra renaître cette adhésion que les Français appellent de leurs vœux car, ils sont conscients de ce que la France ne pourra survivre longtemps à une amputation de fraternité qui forme avec la liberté et l’égalité le triptyque indivisible de sa raison d’être.





 
 
 

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